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samedi 14 janvier 2012

Féminisme linguistique en France : la règle de proximité

Dans un excellent texte publié aujourd’hui dans Le Monde, Anne Chemin nous rappelle que le masculin ne l’a pas toujours « emporté sur le féminin ». On y apprend en effet que la règle grevissienne inutilement sexiste qui considère le masculin comme le « genre indifférencié » (le genre normal, qui évoque le sexe normal, qui caractérise l’humain normal) s’est imposée au début du XVIIe siècle. Et cela, pour des raisons liées à l’idéologie ambiante de l’époque :

« Le genre masculin est réputé plus noble que le féminin à cause de la supériorité du mâle sur la femelle »*.

En latin, en grec classique, en ancien français puis en français classique, poursuit Anne Chemin, la règle de proximité, logique et égalitaire, voulait qu’on accorde plutôt l’adjectif avec le nom le plus proche. Cet ancien usage n’a pas échappé à des féministes françaises, qui ont lancé cette pétition :

Pour que les hommes et les femmes soient belles!


Ça, c'est fait.

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* Citation du grammairien Nicolas Beauzier, rapportée par Anne Chemin.


Références :


CHEMIN, Anne. «Genre, le désaccord», Le Monde, 14 janvier 2012, [En ligne], www.lemonde.fr/societe/article/2012/01/14/genre-le-desaccord_1629145_3224.html#xtor=RSS-3208 (Page consultée le 14 janvier 2012).

PETITIONS24.NET. «Pour que les hommes et les femmes soient belles», [pétition en ligne], www.petitions24.net/regleproximite (Page consultée le 14 janvier 2012).

vendredi 29 janvier 2010

Une page d’histoire

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Les premières fautes d'orthographe remonteraient aux Sumériens, reconnus comme étant les inventeurs de l’écriture.
Le premier mot était semble-t-il truffé d’erreurs.
L’élève responsable fut sermonné et reçut un sévère coup de tablette d’argile derrière la tête.


Les premiers participes passés, quant à eux, furent retrouvés en Mésopotamie.
Ils étaient fossilisés dans le calcaire.


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samedi 23 janvier 2010

Langue et prestige


L’histoire de l’histoire du français nous révèle que, depuis la renaissance, la recherche de la filiation véritable du français donne lieu à des tensions idéologiques pas encore tout à fait éteintes aujourd’hui (voir «Le français ne vient pas du latin», l’ouvrage d’Yves Cortez ou le billet de ce blogue). Les recherches comparatistes d’alors se penchent sur quatre langues candidates à la maternité du français: le latin, le grec, le celte et l’hébreu. Puis on postule, pour régler le problème des différences de structure importantes qui semblent éloigner le latin classique du français moderne, un latin vulgaire dérivant du latin classique, chaînon manquant entre les deux langues.

Si les historiens de la langue se rassemblent, depuis le 19e siècle, autour de la thèse du latin vulgaire comme langue mère du français, les écrits à l’appui de l’origine celte trouvent un soutien marginal continu depuis le 18e, souvent motivé par un sentiment nationaliste:

[...] nous ferons voir que, si l’on excepte un certain nombre de termes relatifs aux lettres, aux arts et aux sciences, termes empruntés par nous au latin, qui les avait lui-même empruntés au grec, la langue française est entièrement originale et nationale, même dans les mots usuels qui lui sont communs avec la langue latine.1

L’argument essentiel de ceux-là pour refuser ce qu’ils appellent «le dogme académique» n’est pourtant pas absurde:

Le moyen d’accueillir sans rire une doctrine d’après laquelle six millions de paysans gaulois, disséminés dans des provinces isolées, se seraient tous entendus, laboureurs, pâtres, bûcherons, mineurs, matelots, sans exception d’une seule contrée, d’une seule vallée, d’un seul village, d’une seule famille, pour oublier tous à la fois leur langue nationale, celle dans laquelle ils nommaient leurs travaux, leurs outils, leurs animaux domestiques, celle qu’ils employaient avec leurs femmes et avec leurs enfants, et se seraient spontanément mis à parler latin, lorsque, de nos jours, sous nos yeux, l’élite de la jeunesse, guidée par les meilleurs professeurs, pâlit sept années sur la langue latine, sans réussir à la parler couramment?2

À cette objection, les historiens de la langue, dont Bernard Cerquiglini, répondent:

[...] le gaulois s’éteignit en Gaule, pour des raisons qui tiennent plus au prestige de la culture romaine (routes, administration, écoles puis le christianisme) qu’à une quelconque coercition […]3

Puissance du prestige culturel encore illustrée plus loin par le cas de conquérants militaires, cette fois, qui renoncent à leur langue adopter celle (le gallo-roman) qu'ils auraient associée à une civilisation supérieure, même en déclin:

L’histoire nous a malheureusement appris que les envahisseurs et les colonisateurs ont coutume de disqualifier la langue des conquis, voire de la faire disparaitre* par le prestige (celtique en Gaule) ou par les armes (langues amérindiennes). Rendus maitres de la Gaule du Nord, les Francs qui avaient [...] la force pour seule culture furent séduits par la civilisation gallo-romane et l’adoptèrent [...].4

(Encore un peu plus tard, l'aristocratie franque devenue gallo-romanophone et finalement bien installée au pouvoir des royaumes du Nord-Ouest, sa façon distincte, parce que germanisée, de causer le gallo-roman aurait été imitée par le peuple. Ainsi, par la force du prestige nouveau de l'élite politique se serait répandue la tendance à laisser tomber les syllabes non accentuées (je simplifie) qui, plus que toute autre spécificité des langues d'Oil, a contribué à faire du français cette langue si singulièrement différente du reste de la famille des langues romanes.)

Invitation à la méditation: «furent séduits par la civilisation gallo-romane et l’adoptèrent». Séduits par la modernité, par le raffinement, par la puissance tranquille de la civilisation maîtresse du monde. Comme cela paraît étrangement plausible aujourd’hui, quand on observe l’inclination presque amoureuse du managériat et du commerce français pour le langage de la Pax Americana.

Allez, soyez pas réac’, quoi!

Le Future, les gars, le Future!!!



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* L’ouvrage applique les rectifications orthographiques.
1 Granier de Cassagnac, Histoire des origines de la langue française, Paris F. Didot, 1872.
2 Idem.
3 Cerquiglini, Bernard; Corbeil, Jean-Claude et al, Le français dans tous ses états, Champs Flammarion, 2000.
4 Idem.

mardi 5 janvier 2010

Le français ne vient pas du latin



Nouvelle décennie, nouvelle étymologie : le français ne vient plus du latin, mais d’un italien ancien dont ne subsiste aucune trace écrite.

C’est la thèse défendue par feu Yves Cortez, obscur « passionné par l’étude des langues », dans Le français ne vient pas du latin, publié en 2007 chez L’Harmattan.

Pour étayer son hypothèse (qu’il appelle « découverte » ou « révolution »), Yves Cortez développe sept arguments (qu’il appelle « preuves »), selon une méthodologie discutable (qu’il appelle « rigueur scientifique ») fondée sur la sélection soigneuse des faits compatibles avec l’hypothèse.

Les 7 arguments d’Yves Cortez pour une révision de la filiation du français

1. Le latin est une langue morte dès le premier siècle après J.-C.
2. Le vocabulaire de base des langues romanes n’est pas latin
3. La grammaire des langues romanes n’a rien hérité du latin
4. Les langues évoluent très lentement
5. Toute l’étymologie du français est fantaisiste
6. Les langues romanes sont quasiment identiques
7. L’ancien français est un français « italianisé »

La majorité de ses arguments sont discutés et parfois invalidés dans le cadre du forum ABC de la langue française, apparemment peuplé d’érudits et de linguistes, sauf la question de l’étrange parallèle évolutif des diverses langues romanes (argument no 6).

Le ton émotif et le manque de rigueur de l’argumentation de Cortez discréditent malheureusement certaines questions pertinentes qui occupent encore les historiens de la langue et qui pourraient donner lieu à des découvertes intéressantes.

Sources sûres

L’ouvrage se clôt sur un Appel aux hommes et aux femmes de bonne volonté tout de gras vêtu, suivi d’un glossaire très « original » et finalement, par une absence retentissante de bibliographie, absence qui boucle cette boucle de suffisance ésotérique initiée par la dédicace : « …pour qu’ils apprennent à se défaire des idées reçues ».

Liens

Le blogue d’Yves Cortez
La langue verte et la cuite (blogue favorable à une révision de la filiation du français)
ABC de la langue française (contre-argumentaire de la thèse d’Yves Cortez)