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mardi 17 janvier 2012

Ce cas (t) où Phil lit

Bon eh bien c’est pas tout ça, on s’y remet. Dans la joie.

(Notons que « joie » et « flemme de faire une intro potable » sont ici synonymes.)

En farfouillant, de-ci de-là, j’ai réussi à vous rapporter, pantelants lecteurs, des expressions rigolotes, cette fois-ci se rapportant à l’hilarant sujet qui se me te vous fait rigoler à tous les coups : la papauté.

Ce qu’on va rigoler, dites-donc, are-are.

Rare comme de la m**** de pape

Nul besoin de prouver par de laborieuses démonstrations que cette expression, outre son anticléricalisme latent, évoque le fin du fin de la rareté. Y a pas trente-six papes, et, même s’ils étaient tous super réguliers, un échantillon de selle de saint-siège* vaudrait encore largement son pesant de…enfin, de quelque chose de plus rare encore.

Cela dit, cette expression a entamé un glissement sémantique quand, en 1468, le pape Paul II, victime d’on ne sait quelle humeur ou cuisine douteuse, fut pris de mouvements intestinaux aussi intempestifs que persistants, de telle sorte que les commis aux Très Saints Pots de chambre et autres responsables de la gestion des Infaillibles Défécations utilisèrent cette expression avec ironie (et poussèrent l’odieux à appeler le pape « Paul ‘numéro deux’ » dans son dos). Sans parler de la dévaluation du cours de la selle consacrée qui a causé du tort au Vatican, dont l'économie reposait sur cette exportation (c'était pas encore la bourse du carbone, mais pour l'époque c'était pas mal).

-« C’est fou ces sauterelles, il y en a partout! On dirait de la m*** de pape! »

-« Pas moyen de faire un pas sans tomber sur un lépreux! Ils sont rares comme de la m*** de pape, ces connards! »

« Fun fact » : Pendant les règnes où le pape se faisait appeler Pie, l’expression devenait « Rare comme de la fiente de pape »**.

Être plus catholique que le pape

Celle-là aussi est assez connue : se dit de quelqu’un de pointilleux à l’extrême, faisant montre de zèle, etc., on va pas en parler jusqu’à demain, vous avez mordu le topo.

Cependant, à l’instar de l’expression précédente, cette tournure a également été utilisée à contre-courant lors du règne plutôt, euh, pittoresque de Jean XII (955 – 963). Pour la petite histoire, on reproche à M. XII quelques trucs pas nets (conversion d’un de ses châteaux en bordels, viols, vol d’objets sacrés, invocation des dieux païens pendant des parties de dés, etc. Il serait mort sous les coups d’un mari que Jean aurait cocufié (ah, et Johnny était possiblement athée aussi, mais bon)). Il est donc naturel que, dans un tel état de laisser-aller éthico-religieux, l’expression se modifiât un tantisoit.

Pendant son pontificat, l’expression s’employait joyeusement :

-« Allons vieux, laissons les survivants s’enfuir, on a déjà brûlé leur village et tué leurs bêtes, pas besoin d’être plus catholique que le pape ».

-« Chéri, tu as encore bu avec tes potes? Un de ces jours, tu finiras plus catholique que le pape. »

Maintenant, c’est avec joie que je vous dis à la prochaine!

__________
*Lol – vous avez vu? Siège, siège, deux fois le même mot, mais pas le même sens, ah c’est la grande forme malgré l’absence, dites-donc.

**Authentique***

***Apocryphe

jeudi 9 septembre 2010

Photoshoppez ce cigare que je ne saurais voir

Le cigare de Fidel, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé?







Vous allez voir, je pars de loin, mais vous allez comprendre.

Petit a) : Y a un bout de temps déjà (le lien date de juin), débat, ire, manifs, chemises déchirées, et même un mec qui a tenté de sacrifier un poulet (le poulet a gagné). La raison : on osa modifier une photo historique de Churchill – bon, je sais pas pourquoi, j’ai pas lu l’article*, mais on a fait disparaître le cigare.

http://www.dailymail.co.uk/news/article-1286620/Churchill-non-smoker-How-todays-PC-censors-airbrushed-cigar.html

Ce qui est drôle, parce qu’il y a eu un autre chef d’État à qui on a reproché lourdement d’avoir fait disparaître les siens à l’intérieur d’un endroit jugé inapproprié (il avait pas photoshop, alors il a demandé à son assistante, qui a pris la chose en, euh, mains**). Mais on s’écarte.

Petit b) : En jasant langue, on m’a fait observer que le mot frugal n’avait pas le sens que je lui prêtais : je pensais qu’il était péjoratif, signifiait ‘peu, en quantité insuffisante’, et qu’un repas frugal n’était pris que par des moines qui se mortifient, des adeptes de famine, peste et autres pestiletielleries, et par Astérix chez les Bretons (« ça est frugal!?!?! »). J’errai, qu’on me dit, et on me fit observer que le sens propre est ‘simple, peu abondant’ (mais pas nécessairement ‘insuffisant’).

Vous me connaissez : ma mauvaise foi à la main, j’entreprends de justifier que cette méprise est la faute de la société, pas la mienne, que je ne suis que le jouet de mes sens abusés, qui s’attache à notre âme et la force d’aimer, et tout le saint-frusquin. Puis, voyant mes interloqués interlocuteurs arquer le sourcil en une pirouette qui signifie « tu frimes, Délèque », j’ai prétexté un sanglier sur le feu pour me pousser en douce.

Mais mine de rien, j’ai cogité. Et je me suis dit que j’ai eu un réflexe typiquement gros consommateur nord-américain qui vit dans l’abondance, qui surabuse de tout, qui te fait une empreinte carbone grosse comme ça et qui me te vous laisse rouler le moteur de son Hummer devant l’Institut des Orphelins Aveugles Ambylopes et Néanmoins Daltoniens qui ont Perdu leur Ti-chat Violemment Allergiques au Monoxyde de Carbone. Bref, qui a peut-être, sous l’influence de son environnement disons « culturel », inconsciemment modifié son vocabulaire selon sa perception de la réalité. Environnement de consommation et de crainte constante de manquer d’écarteurs d’orteils Hello Kitty = démonisation de toute idée évoquant le manque, le peu, le n’a pus.

Allez, on y est presque, pour ceux qui pensent encore au cigare.

Idée saugrenue qui m’apparut alors : si j’étais pas le seul? Si, « culturellement », on décidait, comme le cigare, de gommer les imperfections non seulement des photos, mais de, genre, lol, on rigole, là, mais de la littérature***? Si Cosette, on décidait qu’elle était en restructuration à cause de la dévaluation de ses titres adossés à du papier commercial? Qu’on ajoute à la biographie (ou la page wiki, tiens) de Gandhi qu’il était commandité par Mcdo? Que Raskolnikov, au lieu de dégommer la vieille, entame des négociations pour un assouplissement de la politique de la banque centrale? Que Job prie pour que le veto sur l’accord de libre-échange en Judée passe?

Je m’amuse, là, mais je pose la question quand même : l’environnement économico-culturel finira-t-il par rétro-interpréter et plurisémantiquer la logique métalangagière?

...quelqu’un a de l’aspirine?
______

*Vous pouvez le faire, vous, le simple fait que vous lisassiez ces lignes semble un bon indicateur du fait que vous avez à la fois une soif de culture débordante et une quantité appréciable de temps pour le faire, et je dis ça comme un compliment, sans jugement aucun, allez.

** Oui, on a décidé à ML de faire dans le salace, ça booste l’audimat.

***Je suis également dans une vache de période orwellio-huxleytoise (huxleyienne? huxleyesque?).

mardi 17 août 2010

Bienvenue au Kannada!

Considérant que la communauté tamoule parle une langue dravidienne, cousine, donc, du Kannada (télougou), Mauvaize langue! prie le gouvernement Harper de respirer par le nez dans le dossier «visite suprise».



Le lien est clair.

mercredi 5 mai 2010

Playoffs et jambon-beurre


Pélagie est toujours un peu en retard dans les nouvelles.
Époque:
Fin avril.
Printemps québécois louchement clément aux nuances radioactives.
Mais frisquet dans les Europes. Revanche.

Contexte:
Férocisation des chicanes linguistiques en Bruxellie.
Ringardisation de la langue française en Francie: t’es in ou t’es out.
Floklorisation politiquement programmée de la même en Canadie.
Marginalisation de la Francie en Francophonie.

Lieu: Montréal.

Événement:
Un miracle sportif s’est produit. Vous le savez mieux que moi. Vous étiez en liesse dans les rues de Montréal ou nuisiez au sommeil de votre prochain à l’aube, dans un réduit parisien un peu moisi, qui sentait l’urine, l’humidité, la plomberie congestionnée, le vieux chat, etc.

J’oublie parfois que la France compte son lot d’amateurs de hockey. Des qui ont fait un voyage au « Canada » (comme ils disent) et sont restés accrochés; des qui sont en couple avec un individu de par ici; des qui n’ont pas assez du foot pour assouvir leur passion de téléspectateur émotif, et d’autres encore, et des meilleurs.

Et voilà que sur un blogue de Le Monde.fr, « Playoffs - L’actualité des sports américains », Français et Québécois se réunissent autour des Habs pour mieux se diviser sur une veille compétition d’anglicismes (playoffs). 
Résultat: un curieux chapelets de lieux communs, ponctués systématiquement d'un Go Habs Go qui annule la mésentente, mais en fait non.

Personnages:
Les Français (le choeur): amateurs de hockey, qui emploient un ensemble d’anglicismes distincts de ceux en usage au Québec. 
Le Séparatissse: qui grimpe dans les rideaux au sujet de la défense du français.
Le Colonisé: qui a honte du Séparatissse.

Dialogues:

Le Monde.fr:
On appelle cela la « magie des playoffs ». Un poncif, certes, mais aussi parfois une réalité qui vous saute aux yeux, un conte de fée qui vous laisse rêveur à 4 heures du matin, hagard dans votre salon (...) Ou comment les Canadiens de Montréal, dernière équipe qualifiée dans la Conférence Est (au huitième rang), ont le toupet de réduire au silence les Washington Capitals...
Oui, les Montréalais, hargneux et besogneux, sont venus à bout des stars Ovechkin, Backstrom, Green

Le Français:
Cette victoire en séries est tout simplement magnifique. Le CH s’est battu avec ses armes face à une équipe toute puissante et intimidante. (...)
Go habs Go!


Le Séparatissse: 
Bande d’idiots! Personne n’appelle ça « les play-offs » au Québec. On dit « les séries éliminatoires ».
Il n’y a qu’en France qu’on entend ce genre d’expressions anglaises. Puisque vous n’êtes pas colonisés, on ne peut vous qualifier que de « Tarés ».
« Shame on you! »

Le Colonisé:
En Alexis, vous avez malheureusement un représentant de cette minorité de québecois séparatistes qui veulent faire croire aux francophones du monde qu’ils se soucient de la qualité de langue francaise. Hélas, mille fois hélas, je vis au Québec et contrairement à ce que l’on croit, on ne parle pas francais ici mais québecois, autrement dit une espèce de dérivé du francais qui est quotidiennement massacré, tronçonné dans les journaux, les TV, la radio, au bureau…Alexis, comme ses semblables sont incapables d’écrire une phrase sans faire 10 fautes. Tous les sujets sont vus par eux à travers la lorgnette séparatiste.
Quant à moi (et non pas tant qu’à moi comme dirait ces québécois)je préfère quelqu’un qui parle un anglais sans faute à un autre qui massacre la langue francaise.
Vivent le hockey et les Habs !!!

(mille points pour la sur-correction, ici!)
 
Bien du plaisir!
 http://sports-us.blog.lemonde.fr/2010/04/29/lexploit-du-canadien-de-montreal/






vendredi 30 avril 2010

Lettre ouverte aux informaticiens


Ô, vous, que chaque fois que j’appelle en panique lors que plante mon réseau, que mon mot de passe se de lui-même réinitialise, que SQL Error SPWin_1100-w3221xr-LOL-couic-game_over_pov_nouille, et qui d’un sourcil neutre d’une immobilité éverestesque me dites que j’ai qu’à faire un « restart » et d’arrêter de chialer comme ça,

Faut qu’on cause.

Vous et moi, on est pareils : on travaille en code, avec un langage qui, par ma chandelle verte, est facile une fois qu’on l’a compris, la moindre erreur d’un utilisateur inepte/insouciant nous ratatine les lunettes, on se fait des blagues entre nous (celle du mec qui confond le futur périphrastique avec l’épithète en hypallage, comme celle du mec en Oracle qui essaie de faire C++ sous Linux*, c’est pareil à celle du fou qui repeint son plafond pour le reste du monde : c’est universel).

Comme toute spécialité, comme toute science, vous avez un langage bien à vous, et c’est l’anglais, manque de pot, qui domine : rebooter, utiliser des toolkits, downloader des patches, unclicker la toolbar, twitter (le verbe, là), avoir des followers, etç.**

En soi, ça me dérange pas, tous ces anglicismes : ils font cool, et il faut bien meubler le vide linguistique avant que l’Académie, l’Office de la Langue française et consorts n’interviennassent*** avec leurs propositions de remplacement, qui deviennent de plus en plus heureuses, je trouve. La techno avance, et de tous les domaines, c’est celui qui est le plus pardonnable, anglicismement parlant (ou écrivant), car c’est un des plus rapides, les plus instables, les plus difficiles à suivre (tiens, d’ailleurs, on annonce la mort du disque 3,5 pouces****, le temps passe, c’est pas des farces, dites-donc). De plus, j’aime, tant dans le langage de spécialité que dans le Langage majusculisé, ce phénomène qui fait en sorte que dès qu’on devient un tantinet soit peu technique, on se retrouve entre esprits semblables et on élimine les intrus; c’est-à-dire que les initiés se retrouvent entre eux dans leur langage, et les profanes régressent et perdent la capacité de réguler leur salive, et ça fait des flaques partout, floc. La forme épouse la fonction : langage technique, danger, Achtung Minen, et aïe donc.

Ceci dit, l’écart entre la prolifération des anglicismes techniques et leur appropriation en langue d’arrivée prend un certain temps : ils ont un caractère ésotérique, sont exclusifs à des groupes dont les membres ont parfois tendance à se parler entre eux (ayons une pensée pour les traducteurs-rédacteurs-réviseurs qui ont sur les bras, pour demain, RUSH, des rapports sur l’intégrité du fractionnement des données encryptées entre serveurs QSL-31 et de l’altérabilité des processeurs à quintuple cœur dans des conditions d’apesanteur, le tout, écrit par un spécialiste jargonneux qui tente de jargonner le plus auprès d'autres spécialistes jargonneux.).

Mais pour l’instant, ça se passe bien : patch est devenu rustine, mail est devenu courriel (pour ceux qui l’ont adopté, hein) et LOL est devenu RAHV (rire à haute voix. Ou il est pas encore devenu. Mais il finira par l’être, foi de Délèque).

Je vous aime bien, chers techs. Vous et moi, c’est t’alavie-t’alamort, on se comprend. Mais que le mec chez Cannon qui a traduit le message d’erreur sur ses imprimantes S850 se lève, j’ai à lui causer.

Oui, toi, au fond. Tu sais, quand le réservoir de la troueuse intégrée est plein? Oui, le « bac à confettis » de l’imprimante, là où les petits ronds de papier s’accumulent? Tu sais, quand il est plein? Le message qu’il dit, en français? Non, c’est pas « vider le bac à confettis ».
C’est « éliminer les résidus de troueuse ».

Un confetti, c’est festif, c’est joyeux, on en lance, ça sent la fête, l’herbe sous les pieds alors qu’on pique-nique dans la cour, c’est ce qui vole quand on célèbre l’arrivée d’un héros et qui émerveille les enfants.

Appeler ça un « résidu », c’est tuer la poésie. Violemment.

À bon entendeur,
d.
___
*Je n’ai aucune notion en informatique, arrêtez de vous poiler comme ça.

** Et tout ça. D'où la cédille. Ce qu'on rigole.

***C’est joli le conditionnel, quand même. Vous essaierez à la maison.

****http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/materiel-informatique/201004/26/01-4274360-adieu-disquette.php

mercredi 20 janvier 2010

Onanwebisme



Vous connaissez ce site - http://www.engrish.com/ - qui recense les pires babaelfisheries commises par des entreprises et des organismes chinois qui ne savent pas causer l’angliche (oui oui, il reste des gens qui savent pas parler l’anglais, imaginez-vous, Google peut bien vouloir s’éjecter de ce pays étrange) et qui le traduisent/adaptent n’importe comment? Assez jouissif en fait (attention : site en anglais).

Puis, en lisant billets et commentaires désopilants, instructifs et enrichissants sur cet autre blogue tellement de qualité que vous en saignerez du nez (et qui, non content d’être fracassement pertinent, a le bon goût d’attirer un prestigieux lectorat** qu’est pas piqué des vers) - http://mauvaizelangue.blogspot.com/2010/01/run.html (1), ou même http://mauvaizelangue.blogspot.com/2010/01/le-bien-perler-et-le-bon-usage-morceaux.html (1) - je me suis demandé s’il existait un site qui, comme Engrish, traiterait des mots anglais disséminés insidieusement et incessamment dans cet Hexagone attendrissant et sans cesse assurément sensible aux questions de langue. Si, si.

Je veux dire, là où chef salad, grappe-fruit et management règnent en masters, j’aurais pensé qu’un Français en France aurait trouvé ça bath et trop lol de faire la categorize et de sampler des pics sur un blog* sur les affichages et tics à l’english tellement made in France.

J’ai trouvé à date ceci : http://coyote-des-neiges.blogspot.com/2007/06/laffichage-londres.html, mais je ne sais pas si y a un site exclusive* pour les mots anglais qui, sous prétexte d’être cool, people et in, remplacent des vrais mots molièresques sans raison autre que pour flasher.

Avouez que ça déchirerait.


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(1) Source : http://mauvaizelangue.blogspot.com/ (ou faites refresh, ca fait pareil). J’ai lu sur xkcd.com qu’un jour, Wiki finirait par s’auto-référencer et que ça ferait imploser Internet. Ceci était une tentative, notre lectorat approchant l’importance de Wikipedia. Peu à peu.

*En anglais dans le texte : veuillez lire avec l’accent anglo-saxon svp.

mercredi 6 janvier 2010

Harry Potter et la post-synchro de la mort maléfique qui tue sa race dans ta gueule


Intérieur, salle de classe, lumière à la chandelle, plan général
McGonagall : Allez, les enfants, retournez dormir!
Scène suivante, extérieur, SOLEIL PÉTANT genre midi, plan américain
Harry, Ron et Hermione : Il reste de l’herbe*?

(Harry Potter et la pierre philosophale)

Extérieur, ensoleillé, plan rapproché
Harry : Nous avons quelque chose que Voldemort n’a pas.
Ron : Ah oui?
Plan en plongée, contre-zoom
Harry : …et qui vaut la peine qu’on se batte… (Fin, générique)

(Harry Potter et l’ordre du phénix)

Chers aminches, chères aminchettes,

Vous l’avez deviné, le post d’aujourd’hui portera sur les adaptations foireuses au cinéma, car nous, fluents bilingues, sommes parfois contraints d’écouter un film en version adaptée parce que minoritaires dans un groupe d’indécrottables monolingues, ou en couple avec une moitié pas si douce et qui « ne veut pas s’escrimer à comprendre », et avec qui la continuité des relations entretenues ne devraient à partir de ce moment que se baser strictement sur des fonctions utilitaires, ce qui, mince alors, nous éloigne de notre propos.

Donc cinoche traduit.

Comme pour la bédé (voir autre post, et non je mets pas de lien, travaillez un peu), l’adaptateur/traducteur doit composer avec de nombreuses contraintes. Non seulement il doit traduire de A à B, mais en plus, il doit le faire selon le dialogue (rappelez-vous les premières minutes d’Astérix et Cléopâtre : les lèvres doivent suivre le texte!). Donc même si le génialissime traducteur trouve la tournure parfaite au mot d’esprit dit par le personnage, même s’il fait un jeu de mot encore plus efficace que la v.o., même si la citation fera école et se trouvera dans tous les biscuits de fortune…ben si les labiales, fricatives et autres occlusionnetées ne marchent pas avec cet imbécile de personnage filmé en gros plan, ca foire. Gros temps**.

Voici comment ça fonctionne : le traducteur écrit les dialogues sur une « bande défilante », qui, comme son nom l’indique avec un à-propos qui nous ébaubit, défilera sous l’image; en studio, le comédien lira cette défilante de telle façon que le texte collera au dialogue (je vous explique pas le minutage, la synchro et tout le bazar, mais laissez-moi vous dire que c’est tout un matos).
Parfois, on peut tricher : les voix off, les plans d’ensemble ou des répliques dites par un personnage dos à la caméra sont plus aisées, plus faciles (et adapter les répliques de HAL dans 2001, non mais ça c’est de la franche rigolade); à l’inverse, on le devine bien, un plan serré ou des lèvres en gros plan, ca demande plus de travail (imaginez si « Rosebud » avait à être rendu par « Plénipotentiaire »).

De plus, notons la contrainte « temps » : ben oui, les traductoches ont des délais de tombée à la con, ça c’est universel. Mais pour une adaptation d’un bloque-beausteure (genre Star Wars, hyyyyyyyyper protégé et confidentiel bicause des fois ça coule sur le Web avant la sortie), et dans un contexte, disons au Québec, ou la loi stipule que TOUTES les salles doivent offrir un film PARTOUT dans la province EN MÊME TEMPS, donc que les camions blindés attendent au studio en tapant du pied à la veille de la sortie, ben ça presse un peu le traducteur en plus de l’équipe technique.

Fait d’ailleurs cocasse : pour Star Wars : La menace fantôme, les comédiens travaillaient avec une version censurée à l’écran. Ils devaient baser leur jeu et leurs intonations sur une version du film en noir et blanc portant en plein milieu la mention CPOYRIGHT LUCASFILMS. Comme quoi même si les traducteurs avaient fait un travail admirable, les comédiens avaient peu de chance de faire autre chose qu’un résultat passablement moyen***. Ah et pour rire, le script du film, en un seul exemplaire, devait passer du traducteur aux techniciens aux comédiens. « Ben faites des photocopies, connards », vous vient spontanément à l’esprit. Ce à quoi j’ajoute que ben je crois bien qu’on y a pensé, mais Lucas (et il est pas le seul, la pratique est courante), pour éviter la diffusion autant du script autant que du film, avait fait tirer ses documents sur du papier rose. Inactinique.

(espace blanc vous donnant le temps de googler ce dernier mot.)

Oui, donc, totalement pas photocopiable. Et le temps de taper au Word? Pas possib’. D’ailleurs, je crois que la loi des droits d’auteur interdit la conversion des scripts en format électronique.
Bref, des heures de plaisir.

Ceci était un préambule. Je voulais donner une idée des conditions dans lesquelles le travail sur lequel je vais joyeusement tapocher est fait, et ce, même si j’abuse des pronoms relatifs dans cette phrase.

Revenons au début : Harry Potter, dans le premier extrait, se fait dire « Go back to your dormitory »; retourne au dortoir. Erreur d’interprétation : retourner au dortoir ne veut pas dire aller dormir, à plus forte raison s’il est midi au soleil tapant (et que le prince des ténèbres veut choper la pierre philosophale, a fortiori). Et les caupains, même si l’adaptateur adaptait au fur et à mesure du film, son erreur est impardonnable : le script comporte les dialogues et les données techniques (plan de caméra, intérieur/extérieur, didascalies diverses); il pouvait difficilement ignorer qu’il est près de midi (et encore moins les sombres desseins du plus sombre encore prince des ténèbres).

Second extrait : Il passe, me dites-vous. Même si c’est la dernière réplique du film, qui accompagne un plan d’ensemble qui contre-zoome vers un avenir qui chante, et qu’on ne sait pas c’est quoi, ce % »&/&?%$! de quelque chose, que Voldemort a pas, et que eux, ils ont, ca passe.

Je dis : non. Beurk.

En anglais : «We have something Voldemort doesn’t : Something worth fighting for ». « On a quelque chose que Voldemort n’a pas : quelque chose qui vaut la peine d’être défendu », ou « une raison de se battre », ou autre variation. Pas un général et public-en-suspens laissant « …et qui vaut la peine qu’on se batte »! Surtout que le zoom est amorcé : on voit plus vraiment les lèvres des personnages, y a de la place pour tricher…sans dire que, nom d’un bordel de zut, c’est la dernière réplique. Alors non mais hein, quoi.

Petite perle en se laissant : Le film A time to kill, vous connaissez? Un mec tue les violeurs de sa fille. À la carabine, dans le palais de justice où les criminels (mais c’est des rednecks pas fins, tant mieux pour eux) vont comparaître. Un procès s’ensuit. Comment, pensez-vous, que le film finit? Mmmh? Le titre en français?

Non coupable.

Sans rire.

__________________________________________

* Je me rappelle pas bien en fait
**Big time
***Par contre, les possibilités de rendre un résultat àch’, elles, furent exponentiellement dodécuplées

jeudi 24 décembre 2009

L'adverbiage


Si on m’a demandé ou non d’écrire en cet après-midi d’hui, vous ne le saurez jamais, mais toujours est-il (quelle tournure moche, je sais, et vlan, déjà la parenthèse, je re-sais) qu’une injustice m’inique tarabustement, et que l’exercice étalé éhontemment sous vous zieux (ou horizontalément, j’imagine que l’écran d’ordi où se prélasse sans-gênement ce blog est situé vis-à-vis de vos mirettes et non bassement sur un bureau comme un vil papelard qui antédiluve tellement que vous nauséeriez rien que d’y penser) a pour but de rétablir, un peu, l’ordre dans ce bazar.

Je vous laisse lire la phrase précédente pour que vous déparenthèsassiez tout le machin, allez-y, c’est offert gratossement*. Sauf si votre Web est payé à l’heure.

« Quid, ubi, orbi? » à-juste-proposez-vous dekossément. Quelle injustice? Quelle est la cause qui croise-et-bannièrise le toujours neutre (autant politiquement que pHment) Délèque? À quel propos polémisera ce sondeur de l’abîme insondable, ce chercheur de creux, ce vertigineux du vide? La (réfaurme?/rayfhôrmme?/rhêffeaurrmhe?) remanipulation orthographique? Les dérivations parasynthétiques des populations du Gujarat du Nord? Les épithètes en hypallage des babelfisheux? Que nennis-je, du haut de ma superbe commeunseulhommemément. Le but (enfin on verra, hein, je bloggue sans manu- ou tapuscrit) de cette missive a pour but de rallier la communauté webbesque et de l’allonzenfants-delapatrier vers une cause noble, pure, chouette, qui se résume en la question suivante, que je niunenideusse tacautaquement :

Ça vous enquiquine pas, vous, le fait que y a des mots, on peut faire un adverbe, ou un verbe, avec, et des mots, non? Ah-haaaaa, je vois à votre silence béebouché et votre regard impassibilisé que je te vous me te touche la corde sensible. Quant à ceux se sont déturgescés en ayant le vague sentiment que j’ai over-suspensé dans l’intro par rapport au sujet, ben vous avez pas fini d’être déçus, et honnêtement, que faites-vous encore sur ce blog d’ailleurs, y a des gens qui travaillent ici.

Non mais oui mais je sais, y a des mots qui se transposent pas, y a l’euphonie, l’usage, le saint-frusquiniage divers…mais avouez que le français, par rapport à l’anglais, souffre sa race dans un univers néologisant où le markettinge, les buzzwords, l’imââââge sur le sens et la substance sont à l’avant-plan. Sans parler de la techno, qui va plus vite que l’OQLF (vous avez utilisé un cédérom récemment, vous? Et puis des CD, c’est tellement nineties). Avantage : les Anglois, leur gérondifs, leur air cool cheveux au vent, leur franche dédaignation de la structure, et ce, malgré la malchance qu’ils ont de pas assurer le maintien d’institutions rigidissimes qui datent de Louis the XIV. Pas étonnant que le gérondif se propage comme-une-trainée-de-poudrément dans notre belle langue, que le français s’anglosaxonne et que la rigidité envers la néologisation (voyez, même ça c’est un néologisme, y a du chemin à faire) demeure un obstacle qui, à mon fort humble avis, tétanise la pensée, délimite la sémantique, cacate l’évolution.

Tant que de nouvelles réalités et de nouveaux concepts apparaîtront, l’humaine et son fiancé auront besoin de petites étiquettes pour les nommer, les figer, les apprivoiser mentalement et passer à autre chose, tiens. Donc mots. Et il est humain de parler de ces réalités. Donc phraséologie, langage, et cæterations diverses. Mais entre le « terrain » (ce que certains osent nommer la « vie », et que d’autres, plus évolués, nomment l’IRL (in real life, vu que y en a que c’est surtout virtuellement qu’ils ont une vie, eh ben y a fallu inventer l’IRL pour différencier) et la documentation, l’écart tend à s’élargir; les dicos, traités et autres grevissants ouvrages peinent de plus en plus à rattraper les smsophiles et autres l33ts…

Et puis, ça vous est jamais arrivé, vous, d’être en société (charmante ou baillementogène), de faire état de votre état de personne-qui-travaille-dans-la-langue (« Ah? Et vous en vivez? ») et de vouloir dire quelque chose de spirituel (c’est votre 3e mojito, disons) en diatribant contre le fait qu’on puisse pas lâcher spontanément un grasseyant et jouissif néologisme, qui vous éviterait de circonlocutionner et d’autourdupotgyrer inutilement?

Moi, oui. D’où, blog.




*Oui, offert, ca veut dire gratuit. Oui, pléonasme, bravo, 50 points. Mais j’ai pas d’autre endroit où mettre gratossement. Sauf à la fin de la phrase précédente, mais bon, ça marche pas plus sans le premier gratossement (et du coup on se retrouve avec 3 gratossement**).

**En fait, 4 (bien vu, au fond)

***Eh ben oui, c’est pas aujourd’hui que Délèque va faire un post sans astérixer, et je suis le premier à le déplorer : mise-en-pager, j’vous dis pas. Surtout que le « *** » est orphelin, le cherchez pas dans le texte. Et le « ** » aussi, d'ailleurs.

lundi 7 décembre 2009

Hé Jug, file-moi le tarpé


Texte sur la bd et la traduction que quand on a trouvé un titre spirituel
et recherché on est content mais là ça vient pas, zut de zut

En parlant de Colocs en stock publié précédemment, on m’a instamment (et, oui, avouons-le, en usant de chantage) demandé de vous parler de deux de mes dadas, et de la fusion d’iceux, c’est-à-dire la traduction et la BD. Outre l’étalage éhonté de mes capacités mnémoniques, le présent blog a surtout pour but de mettre un baume sur ces moments de notre enfance à nous tous, ces instants magiques où, assis, vautrés, indolents, fût-ce sur un canapé (genre sofa, pas craquelin paris-pâté/olive), un lit, un pédalo ou un trivial bidet, nous nous régalâmes des aventures de Betty et Veronica et d’Archie Andrews et son mode de vie plutôt polygame, et que soudainement, paf, une faute d’orthographe, infâme, ou une tournure mal foutue, la salope, ou autre maladresse d’écriture ou de traduction, scrogneugneu, fichait le gag en l’air, brisait le rêve, nous laissait nus, seuls dans le froid d’un monde pourri, torve, déliquescent et cacateux.

Je m’emporte.

Enfin, je vous parle des joies, défis et nombreux pièges de traduire la BD. Ben je vous propose, hein, sinon, y a plein d’autres choses à voir, Internet regorge de vidéos de singes qui se grattent le derrière ou d’éléphants qui accouchent live (authentique). Comme ça, les pauvres gens de chez Éditions Héritage et leurs traductions foireuses (« Formid! Sympa! Hé Jug, on se roule un tarpé? ») seront à demi pardonnés… ou non.

Parce que vous, lecteurs de bd étrangère même pas écrite dans notre langue, vous pensez que traduire ça se fait en soufflant dessus ou en babelfishant? Que non! Y a des degrés de difficulté insoupçonnés. Le premier : la taille du phylactère. Vous avez déjà traduit du PowerPoint? Un tableau Excel? Dans une combinaison de langues où la langue d’arrivée est fichtrement plus longue que celle de départ? Sacrant, vous dites? Pas le droit de mettre tout en police 3 points! Et quand vous devez rendre « Cool » dans une bulle de ¼ de pouce carré et que ça donne « Supertittenaffengeiltopcool, Mann »? Faut tricher, improviser, sans rien perdre dans le transfert (oui bon « cool » c’est universel, c’était qu’un exemple, là), et on peut pas vraiment faire de la compensation comme en traduction littéraire (c.-à-d. changer une tournure ou une figure de style plus loin dans le texte) : le phylactère est immédiat, présent, instantané, et ça réduit l’éventail de solutions.

Parlant d’immédiatateté*, autre contrainte : les petits dessins, là, les p’tits Mickeys, ben ils bougent. Bon, en fait, ils signifient le mouvement. Et avec le caractère immédiat de la bédé, les personnages, ils ont pas le choix, ils joignent toujours le geste et la parole – ils obéissent au dessinateur qui, manque de pot, est la plupart du temps, lui aussi locuteur de cette langue de départ imbécile qui a la fâcheuse tendance à ne pas être le français. « Ben là pas grave, pfff », unisonnez-vous. Ah oui? Les Malais, ils font oui de la tête comme nous, on fait non, c.-à-d. qu’ils opinent pour refuser. Le « ok » américain, joindre le pouce et l’index en laissant les trois autres doigts en éventail, geste positif et plein de joie, signifie un gros zéro et son corollaire, « pôv’ con », dans certaines parties d’Europe. Tous ces petits drôles de faits, mis ensemble, contribuent à causer moult emmerdes et aident pas à la satisfaction de délais avec tout ça non mais.

Autre raison de se péter la tête sur son clavier en dressant à très haute voix les accessoires d’un prêtre?

Mise en situation : Deux personnages font du patin à roulettes. Le patin de l’un grince, l’autre dit : achète une autre paire. L’autre : je suis trop grigou.

Outre le mot « grigou » qui a défrisé le plus calvicieux d’entre nous, cette discussion entre mecs à patins à roulettes est tellement anodine qu’on s’en contre-torcherait allègrement le nombril avec le pinceau de l’indifférence, et ce, avec l’énergie du désespoir. Mais un rapide coup d’œil sur la v.o.a. nous indique un incroyable jeu de mots du second personnage : « I’m a cheap skate! ». Skate, patin. À roulette. Cheap, ben cheap, quoi. Lol, l’eaule, l’haut-le. Pété des R, nous sommes. Mais comment, bordel, traduire l’intraduisible dans ces conditions? C’est la que le bât fesse. Pas de place pour expliciter, pas d’esquive à cause de l’image, et l’expression idiomatique/calembour choit comme une vieille chaussette deçà, delà pareil à la feuille morte. Dure loi de la jungle, et je vous avoue que lire de la bédé traduite, je suis pas capable, je lis et transpose en même temps en cherchant la blague ou la tournure originelle. Faiche.

Dernier point, pas du sujet, vous allez m’en trouver plein, petits canaillous, mais dernier que moi je dis, là, là : l’aspect « localisation ». Il ressemble à la difficulté précédente (jeu de mots), mais selon l’aspect culturel de la langue d’arrivée par rapport à la langue de départ. Pasque Internet et Twitter ont pas encore uniformisé le monde, il reste des contrées reculées, primitives et infestées de tous-nus qui – ô stupeur – ignorent les idées telles « lol », « Wal-mart » et « Doritos ». Je sais. Et en plus, ces peuplades barbares s’attachent à des concepts non-fondés affublés de l’amusant terme « histoire » et des mythes soi-disant « fondateurs ». Alors, à cause de principe du révélateur culturel, les aventures de Green Lantern, personnage arborant le justaucorps émeraude, prend une teinte assez intense en certains endroits, genre en territoire palestinien, où le vert a une importance toute spéciale (googlez-le, pas de raison que je me tape tout le travail ici, merdre). Et Wonder-Woman chez les Talibans, euh, comment dire…pas super évident.
D’aucuns me diront que ces cas n’ont pas d’importance, puisque aucun éditeur ne s’essaierait à publier dans de tels cas-limites. D’autres de ces aucuns, plus cons, diront que de toute façon ces tenants d’un folklore rétrograde ne savent pas lire anéwé. Nous tairons ces xénophobes, et je leur dis qu’il n’y a pas de petit profit, et que de toutes façons, un jour tout le monde connaîtra les péripéties de Bob et Bobette, qu’ils le veuillent ou non. Cependant, pour le traducteur, à part amenuiser l’incidence d’une phrase culturellement non-recevable, et espérer que le personnage ne fera aucun geste ni n’arborera une couleur risquée pour son lectorat, y a pas grand-chose d’autre à faire. Après tout, caveat emptor, les locuteurs auront le choix d’acheter la bédé ou non, le traducteur traduit, rend le sens (ou le non-), fait de son mieux pour transférer l’émotion et les mécanismes linguistiques avec les moyens qu’il a. Et puis, même si la version traduite « sent » la traduction, ça donne un petit kick au lecteur et lui permet de comprendre une réalité étrangère à la sienne, ou, à tout le moins, un indice que des gens vivent, lisent, rient et bédéent d’une façon autre – mais pas mauvaise.

*Oui, je sais. C’est voulu. Z’avez pas remarqué que j’avais mis cette phrase en Verdana (Sarcastic)?

lundi 30 novembre 2009

Diacritiques en rade



Qui n'aime pas la cédille?
Qui s'en détacherait?
Qui admettrait qu'on retranche cet éclat de gloire wisiglotte de notre grand bordel orthographique cent fois loué?
Qui tolérerait qu'un esprit carré de chez les petits pères linguistes nous l'ôtât (c'est pas tous les jours qu'on a l'occasion d'user d'imparfait du subjonctif sous vos yeux ébahis), dans la foulée simplificatrice de l'heure?

Personne.
Nous, francophones, tous autant que nous sommes, nous arracherions le coeur à mains nues pour cette petite chose-là.

Même moi, si libérale et rationnelle par ailleurs lorsqu'il est question de graphie alphabétique, je me range, cette fois, du côté des adorateurs fous de la tradition.

Heureusement, il n'est pas encore question, là-haut, de trancher de ce lard-là.

La cédille est sauve.
Mais rare, convenons-en.
Caleçon, poinçon, arçon, façon... On ne la croise pas assez souvent dans nos textes.
Et toujours dans les mêmes rimes.

Pourtant, la cedilla (en espagnol, "petit z") recèle un potentiel non-exploité, comme le faisait remarquer une amie linguiste dont la rigueur analytique n'a d'égale que la sagacité; Cartésie, votre réflexion sur la cédille m'inspirat!

La cédille, dans les premiers textes français, marque le résultat d'une transformation phonologique: l'affrication du 'k' du latin tardif entre deux voyelles (passons les détails techniques, je les ignore exhaustivement).

L'évolution linguistique fit en sorte qu'on se retrouva avec les mots issus de l'évolution lente et régulière du latin tardif vers le français, dans lesquels ce fameux 'k' intervolcalique était palatalisé en 'ts' ou 'tch', coexistant avec d'autres mots dotés d'un 'k' intervocalique prononcé à la dure.

La cédille, anciennement petit 'z' tracé sous le 'c', a été introduite pour distinguer ces prononciations différentes d'une même lettre. Une graphie alternative, 'ceo' (pour [so]),permettait d'établir la même distinction dans certains manuscrits.

Ça vous rapelle quelque chose?

On suit, dans le fond de la classe?

Or l'évolution phonologique des langues étant un phénomène somme toute assez régulier et systématique, à certains égards du moins, il était à prévoir que la petite soeur voisée de la consonne 'k', le 'g' dur donc, emprunterait le même chemin.

Il fallut aussi distinguer la prononciation fricative (molle) de la prononcication occlusive (dure) de la lettre 'g', et pour ce faire, bizarrement, la graphie alternative en 'e' citée plus tôt se généralisa.

Nous voici donc aujourd'hui avec bougea, mais plaça.

C'est ici qu'intervient à nouveau mon amie Cartésie, linguiste jusque dans la moëlle, suggérant qu'on généralise l'un (la cédille) ou l'autre (le 'e' diacritique) outil de distinction graphique aux deux cas, qui n'en forment, en dernière analyse, qu'un seul.

On suit toujours, là-bas, près du radiateur?

Ainsi bourĢon et manĢons donneraient le change à la série traditionnelle des -çon, enfin.

L'amie ajoute, car pourquoi s'arrêter en si bon chemin, qu'on pourrait simplifier la nomenclature des caractères touchés par le diacritique qui nous intéresse.

Pourquoi alitérer sur un C cédille, en effet, alors qu'on pourrait comprimer, pour parler du caractère affublé, en cédille tout court?

Du coup, le signe commensal lui-même se nomerait joliement dille, combinaison syllabique encore inexistante en français quoique tout à fait probable.

Et vous l'aurez compris, notre 'g' mou deviendrait alors... un gédille.
De l'espagnol gedilla, "petit gède".

Friande de création lexicale, j'ai cherché à savoir si un internaute y avait pensé avant moi.

Et bien entendu, on y a pensé.

mercredi 4 novembre 2009

Dix bonnes raisons et deux néologismes

"Le gouvernement [français] "enrichit" le français de deux néologismes", L'Express, 4 novembre 2009

Au fil des joutes entre l'opposition et le gouvernement, mais aussi des querelles de la majorité, la langue française s'est enrichie en deux jours de deux néologismes: "imprivatisable" et "inénervable".

Dix excellentes raisons pour inventer un mot

... quitte, parfois, à fonder le néologisme sur un emprunt...
... quitte à ce que cet emprunt soit prélevé chez une langue concurrente...
... quitte à ce que cette langue concurrente soit politiquement dominante...

1. Parce qu'il n'existe aucun mot de sens équivalent en français.

2. Pour exprimer un peu d'affection à la morphologie dérivationnelle.

3. Pour choquer Denise Bombardier et Georges d'or.

4. Pour enrichir un ensemble de synonymes.

5. Pour rigoler.

6. Pour exprimer en un seul mot ce qu'on exprimait avant en plusieurs.

7. Pour exploiter un suffixe folichon: -ure, -ette, -olle, -oche...

8. Pour la rime.

9. Pour confondre ses adversaires.

10. Parce que personne à table n'a trouvé le mot juste.


Et une pour la chance:

11. Pour affubler le composé latin d'un doublon grec.

jeudi 22 octobre 2009

Fiel fielleux en stock


On me demande, candidement, ce que je pense de la « traduction » en Canayen-français de Coke en Stock, énième tome d’Hergé (j’ai jamais compris l’ordre des parutions, oui je sais que Casterman les a numérotées mais ils ont gommé des imprécisions, et d’ailleurs là n’est pas le propos, fermons cette parenthèse, merci).

Première réaction : bof. Je m’en tape avec une indifférence qui donne une idée de l’infini, comme disait Greg.

Seconde et suivantes réactions : malaise, indécision, incapacité d’agripper le concept mentalement, y a un accroc.

Bref, j’ambivaux[i].

Le petit diable sur mon épaule gauche, qui s’oppose à tout, me rappelle l’affect, l’attachement que j’ai envers le héros à la houppette, mes après-midi sur le bord de la piscine à me fasciner de fusées rouge et blanc carreautées, des vertus du scotch Loch Lommond et du jeu de mot d’Ottokar, que je n’allais comprendre que bien plus tard. Tintin, c’est mon enfance, c’est déjà en français, pas touche. De mettre les phylactères en joual, de contribuer à l’encheapissement (revoir note en bas de page) d’une franchise déjà über-mercantilisée, d’aider un éditeur qui tire déjà beaucoup trop de jus d’une œuvre qui a autre chose à donner que des figurines en simili-résine vaguement ressemblantes à 29.95 $ la gugusse de 100 gr. de un demi-pouce de haut (zavez remarqué que la face de Tintin et de celle du Petit prince (34.95 $) ont l’air d’être tirées du même moule?), ça me met en rogne.

L’argument du mec qui a fait le machin se vaut, selon les humeurs : « On a déjà traduit Tintin en des langues de moins de 100 000 locuteurs; de plus, on avait déjà des versions québécoises de Tintin en underground, alors pourquoi pas lui donner ses lettres de noblesse? ».

Ouais.

Donc, défendons le français canadien québécois. Le français canadien-français. L’Amaricain du nord français. Le québécois francophone d’origine française (pour la suite, Elvis Gratton, la scène de l’avion). Notre français est en santé, pétulant et rayonnant, Cirque du Soleil, Denys Arcand, Bombardier, youpi, maîtres chez nous pis toutte. Fort bien, mettons-le en avant-plan, saisissons la croix des Belles-sœurs de Tremblay et la bannière fléchée de Natashquan, hop aux remparts, vive le Kébek, bout d’viarge.

Je me rappelle d’une savoureuse anecdote, si vous me permettez d’apparter. Un sondage effectué auprès des gens vivant dans la ville de Québec indiquait que 90+ %? (87-93 %, on va pas s’arrêter aux détails, non mais) ne se sentaient pas complexés par rapport aux gens de Montréal. Fort bien. Mais, observa un chroniqueur (Lagacé, à La Presse, je crois) : alors pourquoi, diantre, avoir ressenti le besoin de faire un sondage? Même principe ici : sommes-nous encore complexés? Colocs en stock est-il un symptôme du malaise des « Personnes de couleur blanche » d’Amérique? Va pour l’exercice de style, c’est légitime, pourquoi pas. Après tout, la série télé Les Simpson, admirablement bien adaptée, localisée au Québec, est un phare lumineux de la réussite des capacités bénéfiques et enrichissantes de la phagocitation culturelle (mais notons que South Park, succès ici en frança-de-France, a vu sa version québécoise retirée des ondes du Mouton Enterré de la télé après 2-3 épisodes).

Mais alors, bloggeux véhément et illogique, me diriez-vous, c’est ok si c’est une série américaine, mais quand c’est belche, une fois, on crie au viol? Eurocentriste, va, sifflez-vous.

Je dis peut-être, mais je vois pas le rapport, on jase langue, là, n’ergotons pas.

*bruit de vos justes arguments s’écrasant sur le bouclier de ma mauvaise foi*

Tiens, puisqu’il est question de logique, et que j’ai envie de changer de sujet, le traducteux qui a commis/créé (selon de y-où s’qu’on se place) Colocs a jugé bon, et en cela je le salue, de garder telles quelles les invectives du brave capitaine Haddock (ou Aiglefin, ou S’tie d’Aiglefin Highliner, tant qu’à tout traduire). Pas de « Taouin » en guise de « Bachi-bouzouk », pas de « Calvâsse de twit » pour « Anacoluthe » (je savais, amis linguistes, que vous priseriiez cet exemple) …Et je pousse un soupir de soulagement. On peut traiter Tintin de tous les noms, dessiner les Dupondt en train de se frencher (nooooon, pas comme « franciser », là …pfff.), mais les insultes, on touche pas, sinon j’aiguise mes torches et allume mes fourches (quand je suis fâché, je mêle tout) et sus à l’impie.

Donc il a pas traduit les insultes. Bon.

Mais il a …(retire ses lunettes, se masse l’arête du nez)…si je comprends bien…(touss touss de contenance)… il a …(répétition, silence dramatique, vous me voyez venir depuis la première parenthèse, c’est fou comme on se sent fin finaud quand on comprend avant la fin de la phrase, hein)…traduit le reste. Qui était, osons présumer, déjà parfaitement intelligible pour les Québécois.

Là, c’est mon démon de l’épaule droite, pragmatique, qui se ratatine.

Et en passant, j’aime pas la tentative d’allitération de Colocs en stock (ou le fait que c’est un segment de phrase prononcé par les disquaires, surtout après le film Dédé à travers les brumes, précédé par « On a plus d’albums » ou « On va ravoir la semaine prochaine les compiles des »). Le coke, produit du charbon obtenu par distillation de la houille dans un four à l'abri de l'air (merci wiki), est une matière noire, un code, une allusion au caractère négroïde des cargaisons d’esclaves dont il est question dans l’album (original). Avoir des colocs en stock serait, avouons-le, difficile à expliquer aux contrebandiers qui auraient à justifier leurs messages aux autorités maritimes. Remarquez, ils naviguent dans des eaux aujourd’hui grouillantes de pirates somaliens, hein, bof, non mais, quand même, ce titre est un choix de style au détriment du contenu. S’il s’applique au reste de l’album, à vous de dire, moi je lirai pas (ou ferai comme Da Vinci Code et le lirai et je le dirai pas, cf mauvaise foi).

Si j’en tire une conclusion? Qu’il faut le prendre comme c’est, un exercice, une étude, autant sur l’objet lui-même que sur les réactions et les discussions (et autres excellents blogs) qu’il suscite. L’objet lui-même? Une bd, pour la forme, mais pas au même titre que les « vraies ». Une curiosité, un truc pour collectionneur nigaud (pléonasme?), l’équivalent bédéesque du L H O O Q de Duchamp (en fait pas vraiment, mais étalons notre culture et les capacités de nos moteurs de recherche) ou des reproductions de Britney Spears peinte en Warhol. Après tout, en cette ère de recyclage culturel (au cinoche seulement, citons Astro, Toy Story 3-4, G.I. Joe, Transformers, remake évité de justesse de Psycho par Michal Bay, La Guerre des Tuques 25 ans après, Pinocchio 3000, Le petit poucet : la vraie histoire ou les DVD nostalgie de vieilles séries poches filmées en super-8 semi-mono mais redigitalisées Blu-ray 1080 p full hd son 7.3 Hyper surround THX® avec des nouvelles chansons inédites « qu’on vient de découvrir », et quoi qu'on fasse digitalement parlant, commenceront TOUJOURS par la notice sur fond bleu poche de l'assemblée d'Interpol le 8 septembre 1977 à Stockholm), faire du neu’ avec du vieux, c’est de son temps, et parfois la seule éventualité pour assurer une pérennité quelconque à ce qui vaut la peine, même en version abâtardie, d’être gardé.

[i] D’ambivaloir. Être en proie à l’ambivalence. Ceci je vous rappelle est une arène où puristes et réformistes se trucident à coups d’arguments dans la yeule, le terme est donc à-propos. Si, en lisant ce néologisme, votre dentier et votre contenance se sont éparpillés sur le plancher, vous êtes puriste, y a pas de sot métier; si une frétille néologique vous a parcouru l’échine en imaginant l’Académie tomber en syncope, vous êtes réformiste, pas plus grave, va. Mais si vous vous considériez réformiste et que vous des dents grincâtes en lisant ce néologisme y afférent, un examen de conscience s’impose, vous trippez plus sur le cardinal Richelieu que vous ne le pensez. Vous pouvez remonter, cette note est finie.

mercredi 21 octobre 2009

Grand lapsuce politique...

... relevé par un camarade bloggueur, Antoine Robitaille.

Ça déride!

mercredi 14 octobre 2009

Des noms! Des noms!

Le sénat américain proposait d'interchanger les noms des fromages gruyère et emmenthal pour simplifier nos vies à nous tous, qui croyons, n'est-ce pas, que le gruyère a des trous, et pas l'emmental, alors que, hé, c'est l'inverse!!

Pourquoi cette manchette de la fin des années quatre-vingt-dix me rappelle-t-elle une anecdote personnelle de la même époque? En raison de l'erreur commune de raisonnement à la base de ce genre d'observation, par ceux qui croient que le Nom transfère magiquement sa substance à la Chose; le contenant au contenu, le signifiant au signifié, etc.

Une camarade de classe, vers la fin du siècle dernier, se plaignait donc de son prénom:


Elle: "Sarah", c'est pas un mauvais prénom, mais quand je serai vieille, ça paraîtra ridicule, ce prénom de jeune pour une vieille...

Moi: Hé!! Sarah! T'auras qu'à changer de prénom quand t'attraperas la cinquantaine!! (Pas con)


Que répondre à cela...


Deux 'l' à imbécillité.

Deux 'f' à affliction.

Et Pétale au féminin.