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vendredi 7 mai 2010

Back from the actus, et déjantement subséquent (vous avez l’habitude)

Voici ce qui arrive quand des linguistes (aussi connus sous le charmant vocable « bêtes de fun » ou « M. et Mme Party »)*, et fonctionnaires, de surcroît, (alors là on déjante, c’est Lollapalooza fois Woodstock à la puissance Ta première cuite comme mégateuf) unissent leurs cogitations :


http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/03/31/01016-20100331ARTFIG00455-des-mots-originaux-pour-lutter-contre-les-anglicismes-.php


Bon, tout sarcasme à part, chouette idée, non? On fait un concours, on trie des professionnels, des Académiciens (pas Starac’, là...), des joueux-avec-la-langue (McSolaar, quand même, non mais hein, quoi), on fait tout un tintouin, battage médiatique, on propose des cadeaux, des voyages dans les Îles ou du Botox (j’ai pas lu tout l’article, mais ça semblait se diriger vers ça), du coup, hop, ça amuse, ça reste en tête, et les ceux-qui-s’en-balaieraient-hystériquement-le-nombril-avec-le-balai-brosse-de-l’indifférence-à-vitesse-grand-V-tellement-qu’ils-s’en-non-mais-telllllement-qu’ils-s’en-fichent-avec-l’énergie-du-désemparement-proche-de-l’auto-trépanation-à-coup-de-rabot, ben ils se sentent interpellés, se disent, tiens, oui, c’est bête, c’est des mots anglais, autres, faudrait trouver keuk chose tiens, lol, ramdam, c’est pas con.


Voilà ce qui arrive quand j’essaie d’être sérieux tout en étant infoutu de cerner mon sujet.


DONC, bin je trouve l’idée géniale : faire appel au Peuple, l’inclure dans cet ouvrage, la Langue, dont il est quand même l’artisan, quoiqu’en dise l’Académie (NAON, pas Starac’). Moi je trouve ça gentil, ça conscientise, et si ça peut diminuer le sentiment d’impuissance des gens ordinaires (le « vrai monde », qui vaincra, vous verrez, braves gens, ah, ça ira) par rapport à l’hydre de la grammaire, de la conjugaison et de tout le bouzin, bin tant mieux. Se sentir interpellé, c’est se sentir inclus, et ça encourage la participation. Tant mieux.


Ceci dit, vous avez remarqué le terme choisi pour remplacer buzz? Ramdam. Mot d’origine arabe. Ce qui est chouette : preuve que le réflexe freedom fries, dans un monde qui s’amuse à casser de plus en plus du minaret, s’estompe. Que l’arabophobie présente une brèche. Que, inconciemment ou non, on reconnaît l’apport culturel, technique et linguistique de cette culture, et qu’elle fait partie de la nôtre.


Tous ensemble : We are the world.


Bon, envolée humaniste ici, ça doit être le muscadet. Ou une jeunesse de débauche. M’enfin.
Ceci dit, y en a des qui crieront : « Oué, mais là, c’est un mot qui vient de l’arabe, ça reste même pas français, meuh. »


À ceux-là, je dirais que le génie du français aurait pas atteint son zénith** sans toutes les influences, parmi lesquelles celle des reubeus n’est pas la moindre, et qu’il faudrait arrêter de leur casser du sucre** sur le dos, qu’ils peuvent arrêter de faire le caïd** ou les zouaves**, c’est maboul**, et que le protectionnisme, qui mène à l’eugénisme, puis fatalement à la consanguinité linguistique, ben ça me donne le cafard** et c’est zéro***.


____
*Quoique.


** Ceux qui aiment l’étymologie doivent rigoler; les autres, ben j’ai mis assez de mots qui étaient arabes à l’origine pour comprendre la manœuvre. Subtil, non. Efficace, sais pas (mais j’en doute).


***Oui, le zéro c’est un chiffre. Dit « Arabe ». C’qu’on en apprend des trucs.

vendredi 30 avril 2010

Lettre ouverte aux informaticiens


Ô, vous, que chaque fois que j’appelle en panique lors que plante mon réseau, que mon mot de passe se de lui-même réinitialise, que SQL Error SPWin_1100-w3221xr-LOL-couic-game_over_pov_nouille, et qui d’un sourcil neutre d’une immobilité éverestesque me dites que j’ai qu’à faire un « restart » et d’arrêter de chialer comme ça,

Faut qu’on cause.

Vous et moi, on est pareils : on travaille en code, avec un langage qui, par ma chandelle verte, est facile une fois qu’on l’a compris, la moindre erreur d’un utilisateur inepte/insouciant nous ratatine les lunettes, on se fait des blagues entre nous (celle du mec qui confond le futur périphrastique avec l’épithète en hypallage, comme celle du mec en Oracle qui essaie de faire C++ sous Linux*, c’est pareil à celle du fou qui repeint son plafond pour le reste du monde : c’est universel).

Comme toute spécialité, comme toute science, vous avez un langage bien à vous, et c’est l’anglais, manque de pot, qui domine : rebooter, utiliser des toolkits, downloader des patches, unclicker la toolbar, twitter (le verbe, là), avoir des followers, etç.**

En soi, ça me dérange pas, tous ces anglicismes : ils font cool, et il faut bien meubler le vide linguistique avant que l’Académie, l’Office de la Langue française et consorts n’interviennassent*** avec leurs propositions de remplacement, qui deviennent de plus en plus heureuses, je trouve. La techno avance, et de tous les domaines, c’est celui qui est le plus pardonnable, anglicismement parlant (ou écrivant), car c’est un des plus rapides, les plus instables, les plus difficiles à suivre (tiens, d’ailleurs, on annonce la mort du disque 3,5 pouces****, le temps passe, c’est pas des farces, dites-donc). De plus, j’aime, tant dans le langage de spécialité que dans le Langage majusculisé, ce phénomène qui fait en sorte que dès qu’on devient un tantinet soit peu technique, on se retrouve entre esprits semblables et on élimine les intrus; c’est-à-dire que les initiés se retrouvent entre eux dans leur langage, et les profanes régressent et perdent la capacité de réguler leur salive, et ça fait des flaques partout, floc. La forme épouse la fonction : langage technique, danger, Achtung Minen, et aïe donc.

Ceci dit, l’écart entre la prolifération des anglicismes techniques et leur appropriation en langue d’arrivée prend un certain temps : ils ont un caractère ésotérique, sont exclusifs à des groupes dont les membres ont parfois tendance à se parler entre eux (ayons une pensée pour les traducteurs-rédacteurs-réviseurs qui ont sur les bras, pour demain, RUSH, des rapports sur l’intégrité du fractionnement des données encryptées entre serveurs QSL-31 et de l’altérabilité des processeurs à quintuple cœur dans des conditions d’apesanteur, le tout, écrit par un spécialiste jargonneux qui tente de jargonner le plus auprès d'autres spécialistes jargonneux.).

Mais pour l’instant, ça se passe bien : patch est devenu rustine, mail est devenu courriel (pour ceux qui l’ont adopté, hein) et LOL est devenu RAHV (rire à haute voix. Ou il est pas encore devenu. Mais il finira par l’être, foi de Délèque).

Je vous aime bien, chers techs. Vous et moi, c’est t’alavie-t’alamort, on se comprend. Mais que le mec chez Cannon qui a traduit le message d’erreur sur ses imprimantes S850 se lève, j’ai à lui causer.

Oui, toi, au fond. Tu sais, quand le réservoir de la troueuse intégrée est plein? Oui, le « bac à confettis » de l’imprimante, là où les petits ronds de papier s’accumulent? Tu sais, quand il est plein? Le message qu’il dit, en français? Non, c’est pas « vider le bac à confettis ».
C’est « éliminer les résidus de troueuse ».

Un confetti, c’est festif, c’est joyeux, on en lance, ça sent la fête, l’herbe sous les pieds alors qu’on pique-nique dans la cour, c’est ce qui vole quand on célèbre l’arrivée d’un héros et qui émerveille les enfants.

Appeler ça un « résidu », c’est tuer la poésie. Violemment.

À bon entendeur,
d.
___
*Je n’ai aucune notion en informatique, arrêtez de vous poiler comme ça.

** Et tout ça. D'où la cédille. Ce qu'on rigole.

***C’est joli le conditionnel, quand même. Vous essaierez à la maison.

****http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/materiel-informatique/201004/26/01-4274360-adieu-disquette.php

lundi 18 janvier 2010

Brèves en bref


Tian da lei pi, pôv con!

Tintin entre enfin dans l’Empire du Milieu et de la Contrefaçon Douteuse par la grande porte. Après plusieurs versions oundeurgraôunde, Tintin sera enfin traduit pour les Chinois. Par un vrai traducteur, s’entend. Et d’après la version d’Hergé, en plus! Oui bon c’est pas demain la veille que Tintin au Pays des Soviets y verra le jour, mais sérieux, un album qui montre pendant quatre planches et plus le hardi reporter se sculpter une hélice (puis une autre) d’avion avec un arbre et un canif, je crois que la Chine s’en remettra. Expérience intéressante de la BD belge qui fait une incursion dans la sphère asiatique déjà conquise par le manga! Après des Spirou « mangafiés », verrons-nous des mangas à l’européenne?

http://www.cyberpresse.ca/arts/livres/bd-et-livres-jeunesse/201001/14/01-939053-tintin-entame-de-nouvelles-aventures-en-chine.php

Google-moi ça

Je me rappelle avoir lu il y a quelques années que Google (vous connaissez?) avait demandé au New York Times de cesser d’utiliser le mot Google en tant que verbe (to google, en français, ben googler, quoi), car l’entreprise considérait qu’elle possédait les droits de propriété intellectuelle et donc que le nom ne faisant pas partie du domaine public. Avec les résultats qu’on connaît.

Échec fracassant de la législation contre l’usage. À bon entendeur...

http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/201001/14/01-939093-google-elu-mot-de-la-decennie.php

Ceci dit, n’est-ce pas le rêve de toute entreprise que de voir son nom ou son produit faire partie du langage courant? N’est-ce pas la pub ultime, de figurer dans le Webster ou le Bob? Des entreprises financent des amphithéâtres, des salles de spectacle, même des locaux d’établissements universitaires (HEC Montréal a la salle Microsoft, le salon Bell et l’armoire à balai Nortel).

Ce qui m’amène à la réflexion suivante : aura-t-on un jour un vocabulaire « sponsorisé »? Si ça marche pour google, twitter et consorts, aura-t-on un jour à McDonaldiser, à Windowsiter son système, à se Blackberriser la gueule, à SNCFiser ses vacances?

« Mais non, vous dites, l’Humain, libre, fort, noble, ne s’abaissera jamais à accepter des sous pour modifier son langage, son être, son identité! »

Vous avez raison. Il le fait déjà gratis.

Vous pouvez être en désaccord avec ce point de vue seulement si vous portez des vêtements qui ne portent pas de logo ou qui ne sont pas identifiables à une marque (et oui, même si cette marque est bio, écolo et équitable, pub is pub).

Go.

jeudi 24 décembre 2009

L'adverbiage


Si on m’a demandé ou non d’écrire en cet après-midi d’hui, vous ne le saurez jamais, mais toujours est-il (quelle tournure moche, je sais, et vlan, déjà la parenthèse, je re-sais) qu’une injustice m’inique tarabustement, et que l’exercice étalé éhontemment sous vous zieux (ou horizontalément, j’imagine que l’écran d’ordi où se prélasse sans-gênement ce blog est situé vis-à-vis de vos mirettes et non bassement sur un bureau comme un vil papelard qui antédiluve tellement que vous nauséeriez rien que d’y penser) a pour but de rétablir, un peu, l’ordre dans ce bazar.

Je vous laisse lire la phrase précédente pour que vous déparenthèsassiez tout le machin, allez-y, c’est offert gratossement*. Sauf si votre Web est payé à l’heure.

« Quid, ubi, orbi? » à-juste-proposez-vous dekossément. Quelle injustice? Quelle est la cause qui croise-et-bannièrise le toujours neutre (autant politiquement que pHment) Délèque? À quel propos polémisera ce sondeur de l’abîme insondable, ce chercheur de creux, ce vertigineux du vide? La (réfaurme?/rayfhôrmme?/rhêffeaurrmhe?) remanipulation orthographique? Les dérivations parasynthétiques des populations du Gujarat du Nord? Les épithètes en hypallage des babelfisheux? Que nennis-je, du haut de ma superbe commeunseulhommemément. Le but (enfin on verra, hein, je bloggue sans manu- ou tapuscrit) de cette missive a pour but de rallier la communauté webbesque et de l’allonzenfants-delapatrier vers une cause noble, pure, chouette, qui se résume en la question suivante, que je niunenideusse tacautaquement :

Ça vous enquiquine pas, vous, le fait que y a des mots, on peut faire un adverbe, ou un verbe, avec, et des mots, non? Ah-haaaaa, je vois à votre silence béebouché et votre regard impassibilisé que je te vous me te touche la corde sensible. Quant à ceux se sont déturgescés en ayant le vague sentiment que j’ai over-suspensé dans l’intro par rapport au sujet, ben vous avez pas fini d’être déçus, et honnêtement, que faites-vous encore sur ce blog d’ailleurs, y a des gens qui travaillent ici.

Non mais oui mais je sais, y a des mots qui se transposent pas, y a l’euphonie, l’usage, le saint-frusquiniage divers…mais avouez que le français, par rapport à l’anglais, souffre sa race dans un univers néologisant où le markettinge, les buzzwords, l’imââââge sur le sens et la substance sont à l’avant-plan. Sans parler de la techno, qui va plus vite que l’OQLF (vous avez utilisé un cédérom récemment, vous? Et puis des CD, c’est tellement nineties). Avantage : les Anglois, leur gérondifs, leur air cool cheveux au vent, leur franche dédaignation de la structure, et ce, malgré la malchance qu’ils ont de pas assurer le maintien d’institutions rigidissimes qui datent de Louis the XIV. Pas étonnant que le gérondif se propage comme-une-trainée-de-poudrément dans notre belle langue, que le français s’anglosaxonne et que la rigidité envers la néologisation (voyez, même ça c’est un néologisme, y a du chemin à faire) demeure un obstacle qui, à mon fort humble avis, tétanise la pensée, délimite la sémantique, cacate l’évolution.

Tant que de nouvelles réalités et de nouveaux concepts apparaîtront, l’humaine et son fiancé auront besoin de petites étiquettes pour les nommer, les figer, les apprivoiser mentalement et passer à autre chose, tiens. Donc mots. Et il est humain de parler de ces réalités. Donc phraséologie, langage, et cæterations diverses. Mais entre le « terrain » (ce que certains osent nommer la « vie », et que d’autres, plus évolués, nomment l’IRL (in real life, vu que y en a que c’est surtout virtuellement qu’ils ont une vie, eh ben y a fallu inventer l’IRL pour différencier) et la documentation, l’écart tend à s’élargir; les dicos, traités et autres grevissants ouvrages peinent de plus en plus à rattraper les smsophiles et autres l33ts…

Et puis, ça vous est jamais arrivé, vous, d’être en société (charmante ou baillementogène), de faire état de votre état de personne-qui-travaille-dans-la-langue (« Ah? Et vous en vivez? ») et de vouloir dire quelque chose de spirituel (c’est votre 3e mojito, disons) en diatribant contre le fait qu’on puisse pas lâcher spontanément un grasseyant et jouissif néologisme, qui vous éviterait de circonlocutionner et d’autourdupotgyrer inutilement?

Moi, oui. D’où, blog.




*Oui, offert, ca veut dire gratuit. Oui, pléonasme, bravo, 50 points. Mais j’ai pas d’autre endroit où mettre gratossement. Sauf à la fin de la phrase précédente, mais bon, ça marche pas plus sans le premier gratossement (et du coup on se retrouve avec 3 gratossement**).

**En fait, 4 (bien vu, au fond)

***Eh ben oui, c’est pas aujourd’hui que Délèque va faire un post sans astérixer, et je suis le premier à le déplorer : mise-en-pager, j’vous dis pas. Surtout que le « *** » est orphelin, le cherchez pas dans le texte. Et le « ** » aussi, d'ailleurs.

mardi 15 décembre 2009

Panthéonade

« Le but de la panthéonade, selon le néologisme ironique de Régis Debray, est de rendre hommage à une personnalité de nationalité française dont l’œuvre et la vie ont marqué l’histoire. Cette tradition est aussi un moyen, pour le pouvoir en place, de mettre en valeur une période de l’histoire et d’y graver son empreinte. L’ancien président, Jacques Chirac, avait organisé l’entrée au Panthéon des écrivains André Malraux (1996) et Alexandre Dumas (2002). Si la décision se confirme, Albert Camus pourrait bien rejoindre Voltaire, Rousseau, Jean Moulin, Pierre et Marie Curie ou encore Victor Hugo qui y reposent. »

« Albert Camus au Panthéon? », lepoint.fr, 19 novembre 2009

Résultats de recherche avec panthéonade sur un moteur bien connu :

900 résultats environ, principalement des blogues intellos (dont un féministe), des forums de la même étoffe (dont l’un des participants a répondu par panthéacourt, sa propre création, hermétique, inpigeable, et qui ne génère que deux résultats sur G).

lundi 30 novembre 2009

Diacritiques en rade



Qui n'aime pas la cédille?
Qui s'en détacherait?
Qui admettrait qu'on retranche cet éclat de gloire wisiglotte de notre grand bordel orthographique cent fois loué?
Qui tolérerait qu'un esprit carré de chez les petits pères linguistes nous l'ôtât (c'est pas tous les jours qu'on a l'occasion d'user d'imparfait du subjonctif sous vos yeux ébahis), dans la foulée simplificatrice de l'heure?

Personne.
Nous, francophones, tous autant que nous sommes, nous arracherions le coeur à mains nues pour cette petite chose-là.

Même moi, si libérale et rationnelle par ailleurs lorsqu'il est question de graphie alphabétique, je me range, cette fois, du côté des adorateurs fous de la tradition.

Heureusement, il n'est pas encore question, là-haut, de trancher de ce lard-là.

La cédille est sauve.
Mais rare, convenons-en.
Caleçon, poinçon, arçon, façon... On ne la croise pas assez souvent dans nos textes.
Et toujours dans les mêmes rimes.

Pourtant, la cedilla (en espagnol, "petit z") recèle un potentiel non-exploité, comme le faisait remarquer une amie linguiste dont la rigueur analytique n'a d'égale que la sagacité; Cartésie, votre réflexion sur la cédille m'inspirat!

La cédille, dans les premiers textes français, marque le résultat d'une transformation phonologique: l'affrication du 'k' du latin tardif entre deux voyelles (passons les détails techniques, je les ignore exhaustivement).

L'évolution linguistique fit en sorte qu'on se retrouva avec les mots issus de l'évolution lente et régulière du latin tardif vers le français, dans lesquels ce fameux 'k' intervolcalique était palatalisé en 'ts' ou 'tch', coexistant avec d'autres mots dotés d'un 'k' intervocalique prononcé à la dure.

La cédille, anciennement petit 'z' tracé sous le 'c', a été introduite pour distinguer ces prononciations différentes d'une même lettre. Une graphie alternative, 'ceo' (pour [so]),permettait d'établir la même distinction dans certains manuscrits.

Ça vous rapelle quelque chose?

On suit, dans le fond de la classe?

Or l'évolution phonologique des langues étant un phénomène somme toute assez régulier et systématique, à certains égards du moins, il était à prévoir que la petite soeur voisée de la consonne 'k', le 'g' dur donc, emprunterait le même chemin.

Il fallut aussi distinguer la prononciation fricative (molle) de la prononcication occlusive (dure) de la lettre 'g', et pour ce faire, bizarrement, la graphie alternative en 'e' citée plus tôt se généralisa.

Nous voici donc aujourd'hui avec bougea, mais plaça.

C'est ici qu'intervient à nouveau mon amie Cartésie, linguiste jusque dans la moëlle, suggérant qu'on généralise l'un (la cédille) ou l'autre (le 'e' diacritique) outil de distinction graphique aux deux cas, qui n'en forment, en dernière analyse, qu'un seul.

On suit toujours, là-bas, près du radiateur?

Ainsi bourĢon et manĢons donneraient le change à la série traditionnelle des -çon, enfin.

L'amie ajoute, car pourquoi s'arrêter en si bon chemin, qu'on pourrait simplifier la nomenclature des caractères touchés par le diacritique qui nous intéresse.

Pourquoi alitérer sur un C cédille, en effet, alors qu'on pourrait comprimer, pour parler du caractère affublé, en cédille tout court?

Du coup, le signe commensal lui-même se nomerait joliement dille, combinaison syllabique encore inexistante en français quoique tout à fait probable.

Et vous l'aurez compris, notre 'g' mou deviendrait alors... un gédille.
De l'espagnol gedilla, "petit gède".

Friande de création lexicale, j'ai cherché à savoir si un internaute y avait pensé avant moi.

Et bien entendu, on y a pensé.

mercredi 4 novembre 2009

Dix bonnes raisons et deux néologismes

"Le gouvernement [français] "enrichit" le français de deux néologismes", L'Express, 4 novembre 2009

Au fil des joutes entre l'opposition et le gouvernement, mais aussi des querelles de la majorité, la langue française s'est enrichie en deux jours de deux néologismes: "imprivatisable" et "inénervable".

Dix excellentes raisons pour inventer un mot

... quitte, parfois, à fonder le néologisme sur un emprunt...
... quitte à ce que cet emprunt soit prélevé chez une langue concurrente...
... quitte à ce que cette langue concurrente soit politiquement dominante...

1. Parce qu'il n'existe aucun mot de sens équivalent en français.

2. Pour exprimer un peu d'affection à la morphologie dérivationnelle.

3. Pour choquer Denise Bombardier et Georges d'or.

4. Pour enrichir un ensemble de synonymes.

5. Pour rigoler.

6. Pour exprimer en un seul mot ce qu'on exprimait avant en plusieurs.

7. Pour exploiter un suffixe folichon: -ure, -ette, -olle, -oche...

8. Pour la rime.

9. Pour confondre ses adversaires.

10. Parce que personne à table n'a trouvé le mot juste.


Et une pour la chance:

11. Pour affubler le composé latin d'un doublon grec.