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mardi 12 octobre 2010

Boutez le français hors de France!

Notre langue française, réputée difficile, est défendue en France par les antiquaires et au Québec, par les fonctionnaires. Dans le premier cas, les militants pour sa pérennité sont perçus par les modernes comme des passéistes ombrageux et dans le second, comme des extrémistes politiques. Tout ça pour dire que la protection du français, langue de travail, rencontre les résistances que lʼon sait au coeur de ses anciens bastions, commerce oblige, et lʼon a suffisamment déploré ce fait pour que le rappel soit bref.

Ce que lʼon sait moins, cʼest que le français connaît une expansion fulgurante en tant que langue de travail en Afrique, mais aussi en Asie, au point que le nombre de ses locuteurs, à lʼinstar de la population mondiale, atteint des sommets inédits.

Voilà la nouvelle qui découle de la grande étude réalisée par lʼOrganisation internationale de la francophonie dans La langue française dans le monde, 2010.


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Références

Le Devoir (par Christian Rioux)
Europe1
Actualitté (par Victor de Sepausy)
Le Soleil (par Gilbert Lavoie)
Radio-Canada

mardi 28 septembre 2010

Rentrée langagière: bêtisier


Septembre. Au mois 1 du cycle annuel de ce que nos médias se plaisent à appeler les «débats sur la langue», lecteurs et chroniqueurs (surtout lecteurs, finalement) sʼéclatent sur les périphéries de lʼactualité aux quatre coins du Web francophone. Rebelote pour les lieux communs, donc. Qui déplore un «phénomène inquiétant», tombant des nues; qui sʼextasie sur la beauté de sa langue. La rengaine. Mais quelques trouvailles aussi, rafraîchissantes.

Mes préférées:

«La maitrise de l’orthographe est devenue un fléau chez les jeunes mais aussi dans le monde professionnel.»
(GazetteInfo, 28 septembre 2010, Dijon)

Un fléau bien timide encore, dʼaprès Le Faso:

«Depuis quelques années, nous assistons à un phénomène inquiétant: celui de la baisse du niveau de maîtrise de la langue française.»
(Le Faso, 3 septembre, Ouagadougou)


(Cʼest ça, quʼelle voulait dire, lʼobscure Gazette de Dijon, au début?)

Fine analyse. Mais encore:

«Tout cela parce que, quelque part, tout ce qui relève de la langue et de la littérature, [sic] est considéré comme l’apanage des gens moins intelligents, c’est-à-dire ceux qui ne sont pas capables de faire les maths, la physique, etc. Aucun effort n’est pratiquement fourni par les usagers du français, pour améliorer leur maniement de la langue.»
(Idem)

Vexant, non?

Chez les excellents et toujours pertinents correcteurs du Monde, on se permet aussi lʼhypothèse farfelue:

«Curieuse évolution, que l’on pourrait qualifier d’"accord pluriel de proximité", qui voit le verbe, normalement au singulier, se chercher un sujet fantaisiste plus proche que le sien propre, du moment qu’il est au pluriel. Un autre symptôme de cette inflation du pluriel que l’on constate partout.»
(Langue Sauce piquante, Juillet 2010)

Là, je soupçonne lʼironie. On taquine gentiment les rédacteurs pressés qui massacrent lʼorthographe grammaticale: cʼest de bonne guerre! «Accord de proximité»... Désignation flatteuse pour le résultat dʼune absence dʼanalyse grammaticale, comme si lʼon souhaitait attribuer à lʼauteur de la faute une certaine rationalité dans ce petit crime.

Plus insensibles à lʼhumour sont parfois les lecteurs. Ici, Dimitri Boisdet sʼalarme des «constats» précédents:

«Agissons plutôt quand il le faut, comme face à des évolutions grossières parmi lesquelles cette tendance nouvelle à ne plus accorder le verbe avec son sujet, pourtant b-a ba de la grammaire.»
(LeMonde.fr, Chronique dʼabonnés,
«La langue française en danger?», 12 septembre 2010)

Et platement confond, comme vous surement, le français et son orthographe; cet improbable et malheureux système de rustines graphiques (accompagné de son corrollaire, la Faute) mis en place à la va-comme-je-te-pousse pour les mauvaises raisons, dénaturant ainsi le système dʼécriture alphabétique quasi-universel qui était, à lʼorigine, celui du français.

«Dʼautres — intellectuels, linguistes, écrivains — prônent une simplification du français.»
(Idem)


Nʼimporte quoi, je vous dis.

À lʼopposé, pour une dose dʼhumour, de finesse et dʼintelligence, offrez-vous de temps en temps les observations hilarantes et commentaires de lecture de Benoît Melançon sur lʼOreille tendue; les chroniques linguistiques fouillées de Jacques Desrosiers, du BTB; les discussions linguistiques souvent de haut calibre du forum lʼABC de la langue française ou, pour la grande aventure, le voyage intérieur fascinant de Mario Périard, le Don Quichotte de lʼorthographe, sur Ortograf.net.

jeudi 9 septembre 2010

Photoshoppez ce cigare que je ne saurais voir

Le cigare de Fidel, s'il eût été plus court, toute la face de la terre aurait changé?







Vous allez voir, je pars de loin, mais vous allez comprendre.

Petit a) : Y a un bout de temps déjà (le lien date de juin), débat, ire, manifs, chemises déchirées, et même un mec qui a tenté de sacrifier un poulet (le poulet a gagné). La raison : on osa modifier une photo historique de Churchill – bon, je sais pas pourquoi, j’ai pas lu l’article*, mais on a fait disparaître le cigare.

http://www.dailymail.co.uk/news/article-1286620/Churchill-non-smoker-How-todays-PC-censors-airbrushed-cigar.html

Ce qui est drôle, parce qu’il y a eu un autre chef d’État à qui on a reproché lourdement d’avoir fait disparaître les siens à l’intérieur d’un endroit jugé inapproprié (il avait pas photoshop, alors il a demandé à son assistante, qui a pris la chose en, euh, mains**). Mais on s’écarte.

Petit b) : En jasant langue, on m’a fait observer que le mot frugal n’avait pas le sens que je lui prêtais : je pensais qu’il était péjoratif, signifiait ‘peu, en quantité insuffisante’, et qu’un repas frugal n’était pris que par des moines qui se mortifient, des adeptes de famine, peste et autres pestiletielleries, et par Astérix chez les Bretons (« ça est frugal!?!?! »). J’errai, qu’on me dit, et on me fit observer que le sens propre est ‘simple, peu abondant’ (mais pas nécessairement ‘insuffisant’).

Vous me connaissez : ma mauvaise foi à la main, j’entreprends de justifier que cette méprise est la faute de la société, pas la mienne, que je ne suis que le jouet de mes sens abusés, qui s’attache à notre âme et la force d’aimer, et tout le saint-frusquin. Puis, voyant mes interloqués interlocuteurs arquer le sourcil en une pirouette qui signifie « tu frimes, Délèque », j’ai prétexté un sanglier sur le feu pour me pousser en douce.

Mais mine de rien, j’ai cogité. Et je me suis dit que j’ai eu un réflexe typiquement gros consommateur nord-américain qui vit dans l’abondance, qui surabuse de tout, qui te fait une empreinte carbone grosse comme ça et qui me te vous laisse rouler le moteur de son Hummer devant l’Institut des Orphelins Aveugles Ambylopes et Néanmoins Daltoniens qui ont Perdu leur Ti-chat Violemment Allergiques au Monoxyde de Carbone. Bref, qui a peut-être, sous l’influence de son environnement disons « culturel », inconsciemment modifié son vocabulaire selon sa perception de la réalité. Environnement de consommation et de crainte constante de manquer d’écarteurs d’orteils Hello Kitty = démonisation de toute idée évoquant le manque, le peu, le n’a pus.

Allez, on y est presque, pour ceux qui pensent encore au cigare.

Idée saugrenue qui m’apparut alors : si j’étais pas le seul? Si, « culturellement », on décidait, comme le cigare, de gommer les imperfections non seulement des photos, mais de, genre, lol, on rigole, là, mais de la littérature***? Si Cosette, on décidait qu’elle était en restructuration à cause de la dévaluation de ses titres adossés à du papier commercial? Qu’on ajoute à la biographie (ou la page wiki, tiens) de Gandhi qu’il était commandité par Mcdo? Que Raskolnikov, au lieu de dégommer la vieille, entame des négociations pour un assouplissement de la politique de la banque centrale? Que Job prie pour que le veto sur l’accord de libre-échange en Judée passe?

Je m’amuse, là, mais je pose la question quand même : l’environnement économico-culturel finira-t-il par rétro-interpréter et plurisémantiquer la logique métalangagière?

...quelqu’un a de l’aspirine?
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*Vous pouvez le faire, vous, le simple fait que vous lisassiez ces lignes semble un bon indicateur du fait que vous avez à la fois une soif de culture débordante et une quantité appréciable de temps pour le faire, et je dis ça comme un compliment, sans jugement aucun, allez.

** Oui, on a décidé à ML de faire dans le salace, ça booste l’audimat.

***Je suis également dans une vache de période orwellio-huxleytoise (huxleyienne? huxleyesque?).

mardi 6 juillet 2010

Un coup dur pour la OQLF way of life

La compétition entre les tenants québécois d’une terminologie financière purement française, d’une part, et ceux de l’emprunt systématique de termes techniques anglais, d’autre part, voit ces derniers gagner du terrain.

Par un rapport interne destiné aux employés du cabinet multinational de services financiers qui m’emploie, j’appends * que désormais, «vérification» s’inclinera devant «audit», et dans la même veine, que la plupart des termes financiers francisés par l’OQLF proposés comme alternatives à la terminologie anglaise communément utilisée par le reste de la francophonie (lire «la France») ne sont pas retenus par les entités décisionnelles des milieux financiers.

Un pas en avant pour l’efficacité communicationnelle internationale, deux en arrière pour la tradition française, la culture livresque, l’interventionnisme linguistique à la québécoise, la diversité.

À moins que les réviseurs linguistiques ** des cabinets internationaux ne s’engagent dans une guérilla terminologique à finir entre deux cafés, on est cuits les mecs!


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* Ça fait plus d'un mois, déjà, mais la saison effervescente des services financiers ne m’a pas laissé le loisir, jusqu’ici, de vous faire part de la nouvelle.

* Ces réviseurs! Toujours prêts à courir au front pour la moindre virgule!

vendredi 7 mai 2010

Back from the actus, et déjantement subséquent (vous avez l’habitude)

Voici ce qui arrive quand des linguistes (aussi connus sous le charmant vocable « bêtes de fun » ou « M. et Mme Party »)*, et fonctionnaires, de surcroît, (alors là on déjante, c’est Lollapalooza fois Woodstock à la puissance Ta première cuite comme mégateuf) unissent leurs cogitations :


http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2010/03/31/01016-20100331ARTFIG00455-des-mots-originaux-pour-lutter-contre-les-anglicismes-.php


Bon, tout sarcasme à part, chouette idée, non? On fait un concours, on trie des professionnels, des Académiciens (pas Starac’, là...), des joueux-avec-la-langue (McSolaar, quand même, non mais hein, quoi), on fait tout un tintouin, battage médiatique, on propose des cadeaux, des voyages dans les Îles ou du Botox (j’ai pas lu tout l’article, mais ça semblait se diriger vers ça), du coup, hop, ça amuse, ça reste en tête, et les ceux-qui-s’en-balaieraient-hystériquement-le-nombril-avec-le-balai-brosse-de-l’indifférence-à-vitesse-grand-V-tellement-qu’ils-s’en-non-mais-telllllement-qu’ils-s’en-fichent-avec-l’énergie-du-désemparement-proche-de-l’auto-trépanation-à-coup-de-rabot, ben ils se sentent interpellés, se disent, tiens, oui, c’est bête, c’est des mots anglais, autres, faudrait trouver keuk chose tiens, lol, ramdam, c’est pas con.


Voilà ce qui arrive quand j’essaie d’être sérieux tout en étant infoutu de cerner mon sujet.


DONC, bin je trouve l’idée géniale : faire appel au Peuple, l’inclure dans cet ouvrage, la Langue, dont il est quand même l’artisan, quoiqu’en dise l’Académie (NAON, pas Starac’). Moi je trouve ça gentil, ça conscientise, et si ça peut diminuer le sentiment d’impuissance des gens ordinaires (le « vrai monde », qui vaincra, vous verrez, braves gens, ah, ça ira) par rapport à l’hydre de la grammaire, de la conjugaison et de tout le bouzin, bin tant mieux. Se sentir interpellé, c’est se sentir inclus, et ça encourage la participation. Tant mieux.


Ceci dit, vous avez remarqué le terme choisi pour remplacer buzz? Ramdam. Mot d’origine arabe. Ce qui est chouette : preuve que le réflexe freedom fries, dans un monde qui s’amuse à casser de plus en plus du minaret, s’estompe. Que l’arabophobie présente une brèche. Que, inconciemment ou non, on reconnaît l’apport culturel, technique et linguistique de cette culture, et qu’elle fait partie de la nôtre.


Tous ensemble : We are the world.


Bon, envolée humaniste ici, ça doit être le muscadet. Ou une jeunesse de débauche. M’enfin.
Ceci dit, y en a des qui crieront : « Oué, mais là, c’est un mot qui vient de l’arabe, ça reste même pas français, meuh. »


À ceux-là, je dirais que le génie du français aurait pas atteint son zénith** sans toutes les influences, parmi lesquelles celle des reubeus n’est pas la moindre, et qu’il faudrait arrêter de leur casser du sucre** sur le dos, qu’ils peuvent arrêter de faire le caïd** ou les zouaves**, c’est maboul**, et que le protectionnisme, qui mène à l’eugénisme, puis fatalement à la consanguinité linguistique, ben ça me donne le cafard** et c’est zéro***.


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*Quoique.


** Ceux qui aiment l’étymologie doivent rigoler; les autres, ben j’ai mis assez de mots qui étaient arabes à l’origine pour comprendre la manœuvre. Subtil, non. Efficace, sais pas (mais j’en doute).


***Oui, le zéro c’est un chiffre. Dit « Arabe ». C’qu’on en apprend des trucs.

jeudi 11 mars 2010

Émois coubertinesques en brèfle


Coucou, me revoilà, après une mise en web-jachère, ça fait un bail dites-donc, et autres plaisantes paroles d’usage pour se justifier qu’on avait aut’ chose à fiche que bloguer, à regrets, fidèles lecteurs, mais que là, ben youpi me revoilà, are-are.

Retour sur les olympiques, parce que nom de nom, il reste des choses à dire, linguistiquement, sur le sujet (autre que la quasi-absence de dignitaires quelconques, pendant les cérémonies, qui n’ont pas eu la décence de massacrer Molière en lisant un téléprompteur avec autant d’enthousiasme qu’un employé qui doit subir sa formation Vista trois jours avant sa retraite).

Mollo le trémolo, Garou

À Tout le monde en parle (Québec) à la télé, Garou parlait de son interprétation plutôt, euh, personnelle lors des cérémonies d’ouverture (j’ai pas vu, je dormais, et perso je m’en grattais l’os avec une indifférence qui frôle l’hystérie). Aux côtés de l’ex-Quasimodo, Pauline Marois, Chef(fe?) du Parti Québécois, qui prône l’indépendance du Québec (parfois), la défense de la langue françoise (virulemment) et autres trucs (le plus possible, allant de l’anodin au n’imp’).

Un mot au sujet de Miss Marois (tatie Pauline pour les intimes). Elle est cool, je trouve. Elle a un air un peu Castafiore, un peu bourge, mais elle est/veut être cool, parfois trop, genre comme ces quarantenaires qui disent « cool » pour en avoir l’air, alors que c’est juste navrant. Dans des contextes comme TLMEP, ce désir de « on est caupains, hein, hein? », ça se traduit en interventions fréquentes, en rires plus forts que ceux des autres, en clins-de-z’ieux charmeurs et en exclamations ponctuantes. Chaque possibilité qu’elle a d’intervenir, tel le gourmand pigeon au-dessus d’une pimpante mariée, elle s’empêche pas, tu vois?*. Fin de la parenthèse Marois.

Garou se consolait de sa, disons, prestation en se disant qu’il avait non seulement chanté en français, mais en plus, en québécois, devant près de trois milliards d’individus dotés de télévision. Que, mal chanté ou non, on a montré un bout de fleurdelisé au monde. Et c’est là que tante Pauline, énergique, télévisuelle, le félicite et amorce une salve d’applaudissements bien nourris.

En disant : YES!


Fail, Pauline. Mais on t’aime.

***

Joannie


Après les Jeux, Joannie Rochette subissait une conférence de presse. Fatiguée, éprouvée plus que de raison, on devinait que les questions, en anglais et en français (et même une fois en Boro, mais le mec fut expulsé), achevaient de puiser ses dernières énergies. Mais forte, généreuse, patiente, elle se prêtait à l’exercice, la môme.

Un mot au sujet (bis) des athlètes en conf’ de presse. Harrassés, ils finissent parfois par parler plus « perso », usant de tournures fautives. Mais on leur pardonne : sont fatigués, évoluent en bilingue dans le monde, ont fait des programmes sport-études, etc., bref, on a tendance à, condescendemment ou pas, leur pardonner des écarts, anglicismes et autres incartades. Re-fin de parentoche.

Le soir de sa prestation finale, j’ai pas pu dormir, et j’ai allumé le poste** pile pour voir la performance de Joannie. Émotion. L’était jolie, la pitchoune, mais avec cette force, elle commandait l’admiration. Puis, en conférence de presse, elle tint à peu près ce langage : « J’étais nerveuse, j’allais embarquer sur la glace, mes jambes shakaient ...». J’ai relevé l’anglicisme, mais elle parlait librement, émotivement, et puis, zut, c’est pas ça qui va égratigner mon admiration. Puis, épiphanie :...« euh, mes jambes tremblaient, excusez-moi...».


Win, Joannie. Et love.

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*Oui, vous noterez, outre le retour de l’astérisque, que je lis du San Antonio ces temps-ci, et ce, dans le but de faire profiter nos lecteurs (accidentels ou non) du plus grand nombre de références littéraires possible. La semaine prochaine, je lirai, ne vous en déplaise, Blaise Pascal, Les pensées II : Les cheerleaders ingénues contre la créature zombie des marais.


**Nostalgie : on allume la téloche, l’écran plasma, youtube, à la rigueur, mais de poste, bernique. Pardonnez cet accès de vieillotisme.

jeudi 18 février 2010

Appellons un clavardage un clavardage


Les milliers centaines douzaines de lecteurs assidus de ce blog savent déjà, ad nauseam d'ailleurs, qu’on s’amuse bien avec la pipolisation du français made in France in ze street, et que outre-atlantique, les irréductibles Kébékois, sur un îlet francophone dans un océan de « Canote en douze temps », se sentent bien esseulés face à l’envahisseur (surtout qu’avec des analogies manichéennes* pareilles, on contribue pas à diminuer la quasi-paranoïa ambiante, hein).

Voici de quoi ragaillardir nos gens du pays :

http://www.lepoint.fr/actualites-technologie-internet/2010-02-03/gouvernement-francomot-un-concours-pour-traduire-buzz-chat-ou-tuning/1387/0/420152

Vive l’idée de conscientiser les masses en les amusant : un petit concours, c’est rahv, léger, lol, oserais-je même (tiens, c’est une idée à leur soumettre, ça) et les gens, mine de rien, perçoivent l’ombre du début de l’ébauche d’un projet d’embryon de prémices annonçant les balbutiements d’un commencement de réflexion sur le sujet. Ce qui est cool.

Perso, j’espère que ça va donner de bons résultats (j’espère que « WTF » est dans le lot et qu’il sera bien rendu).

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* Genre de mot qui, avouons-le, donne vachement de la classe à tout billet, blog, et que j'utilise toujours au moins une fois dans tous mes devoirs de philo/linguistique/français/mime.

mercredi 10 février 2010

To remove window, pull rubber strip/Pour se enlever de la fenêtre, tire frotteur dénuder

J’ai pensé à vous (et au fait que mes écrits risquent, un jour, de faire exploser le lectorat, que gloire et honneur pareront mon front ceint de fleurons glorieux et que Spielberg, Scorsese et Von Trier se battront pour faire Mauvaize Langue – Le film*) cette semaine, en voyant ce lien :

http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/telecoms-et-mobilite/201002/09/01-947906-un-telephone-qui-traduirait-6000-langues-en-temps-reel.php

(Oui, je sais, les liens Cyberpresse, ça commence à bien faire).

Ma première réaction à ce noble essai de la part Gougle de faire un portable/tour de Babel a été, un peu, comme suit :

AHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA*GASPE*HAHAHAHAHAHAHAH*RONFL*HAHAHAHAAAAaaa.....

Seconde réaction, du haut de ma SUperbe**, de ma GRâce** de mec-qui-des-fois traduit (ouais ben j’ai les papiers attestant le machin, hein), soliloqué-je en ramassant mon monocle :

Insensés! Pauvres fous! Remplacer l’Humain, le TRaducteur par une machine, un vulgaire amas d'algorithmes***, un tas de boulons et de leviers et de lampes et de barrettes de mémoire 35T-449 Matsushita! Comment feraient-ils? 6 000 langues! Le japonais et sa myriade de déclinaisons de déférence! L’allemand et son second verbe foutu en fin de phrase! Les incidents diplomatiques! La communication comme obstacle à la communication!

Troisième réaction : ...ben en fait, si on peut désigner l’appariement, et en conjonction avec le carnet de contacts du téléphone donnant des métadonnées sur l’interlocuteur (ami, bureau, maquereau), qui détermineraient le niveau de langage\politesse... Zutre, c’est pas bête, finalement.

Ceci dit, depuis la pierre de Rosette qu’on tente de bâtir des mémoires de traduction automatisée, et Saint Jérôme rigolait déjà à l’époque des premières vaines tentatives de rendre « Shangaï stir fry vegetables », « Time flies like an arrow » et « Ce fut un grand vaisseau taillé dans l’or massif » par « Légumes pour faire sauter Shangaï » , « Les mouches du temps aiment une flèche » et « 404 – error, site not found ». Je souhaite donc à cette boîte, ce...comment déjà? Goglu? Gougoune?

À c’te boîte, bref, bien de la chance.

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* À ce titre, Clooney pourrait très bien me jouer (Pitt, nah, trop évident)
**Oui deux majuscules, une seule ne suffit pas à rendre l’éthérité du ton altier me caractérisant à ce moment
*** J’ai totalement oublié pourquoi j’ai mis ces astérisques-là

mercredi 27 janvier 2010

Z'actus qui tuent


Fichtre, diantre, lol

Si comme moi, l’étymologie est source de rire, de fascination et de lectures nocturnes répétées (en plus de servir de prétexte pour envoyer des anecdotes plein la galerie lors de soirées en société) (vous ferez sensation, je vous jure) (quoique pas toujours, mais bon, linguistes et pointilleux que nous sommes, nous, au moins, on aime ça l’étymologie, pour notre croissance personnelle et notre culture assoiffée d’abord, et non pas pour tenter d’impressionner minets et minettes qui en sont à leur troisième cosmo/ricard...quoique), vous aimerez ceci.

Bon vite le lien, je me perds en parenthèses, vous comprendrez plus tard :

http://www.francematin.info/Le-dictionnaire-du-francais-oublie_a20561.html

Outre le plaisir que personnellement moi j’aurais à parcourir cet ouvrage, j’eus la pensée suivante : et si, lol, on sensiblisait plus les gens/étudiants/écoliers/journalistes/etc. à utiliser des bonnes vieilles expressions, palsambleu, ventre-saint-gris et diablevert*? Au lieu de laisser des termes ‘people’ contaminants, si, au lieu de s’ouvrir sur l’autre, on se recroquevillait sur notre français outre-18e (siècle, pas arrondissement)? Après tout, une partie de la popularité des anglicismes vient de l’altérité; le même réflexe serait vendeur pour ces bonnes vielles expressions...

Non? Ou c’est encore ma nerditude d’accro aux étymologies qui fait surface? Les jeunes aimeraient ça, non? Ça se texterait des par ma chandelle verte et du patte de gazelle plein le portable, non? Les statuts facebouke exploseraient de sabre de bois et de corneguidouille**...

...Non?


Pas cocon

C’est l’hiver, la saison où, avouez-le, on considère que côté réchauffement climatique, y a encore des progrès à faire. Saison aussi où les chroniques, blogs et autres gugusses écrites incitent au cocooning, c’est-à-dire à rester chez soi en pyjama et approfondir la définition de « rien à fiche » avec une assiduité qui frôle le Nobel. Outre cette non-occupation bienfaisante, notons que ce terme, à prime abord anglois, fait l’objet d’une pittoresque note sur le site de l’Office québécois de la langue française (les mêmes qui vous ont enchanté avec gaminet) :

http://www.oqlf.gouv.qc.ca/actualites/capsules_hebdo/actualites_terminolinguistique/pourquoi_coconnage_20071122.html

(bon faites pas attention au « 20071122 » dans l’url, c’est un bug).


Sur ce, et en attente d’une chute rigolotte, comme disait Renaud***





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*Mes excuses aux daltoniens
**Merci Tinky
***Y a de la culture au mètre carré ici, j’vous jure

mercredi 20 janvier 2010

Onanwebisme



Vous connaissez ce site - http://www.engrish.com/ - qui recense les pires babaelfisheries commises par des entreprises et des organismes chinois qui ne savent pas causer l’angliche (oui oui, il reste des gens qui savent pas parler l’anglais, imaginez-vous, Google peut bien vouloir s’éjecter de ce pays étrange) et qui le traduisent/adaptent n’importe comment? Assez jouissif en fait (attention : site en anglais).

Puis, en lisant billets et commentaires désopilants, instructifs et enrichissants sur cet autre blogue tellement de qualité que vous en saignerez du nez (et qui, non content d’être fracassement pertinent, a le bon goût d’attirer un prestigieux lectorat** qu’est pas piqué des vers) - http://mauvaizelangue.blogspot.com/2010/01/run.html (1), ou même http://mauvaizelangue.blogspot.com/2010/01/le-bien-perler-et-le-bon-usage-morceaux.html (1) - je me suis demandé s’il existait un site qui, comme Engrish, traiterait des mots anglais disséminés insidieusement et incessamment dans cet Hexagone attendrissant et sans cesse assurément sensible aux questions de langue. Si, si.

Je veux dire, là où chef salad, grappe-fruit et management règnent en masters, j’aurais pensé qu’un Français en France aurait trouvé ça bath et trop lol de faire la categorize et de sampler des pics sur un blog* sur les affichages et tics à l’english tellement made in France.

J’ai trouvé à date ceci : http://coyote-des-neiges.blogspot.com/2007/06/laffichage-londres.html, mais je ne sais pas si y a un site exclusive* pour les mots anglais qui, sous prétexte d’être cool, people et in, remplacent des vrais mots molièresques sans raison autre que pour flasher.

Avouez que ça déchirerait.


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(1) Source : http://mauvaizelangue.blogspot.com/ (ou faites refresh, ca fait pareil). J’ai lu sur xkcd.com qu’un jour, Wiki finirait par s’auto-référencer et que ça ferait imploser Internet. Ceci était une tentative, notre lectorat approchant l’importance de Wikipedia. Peu à peu.

*En anglais dans le texte : veuillez lire avec l’accent anglo-saxon svp.

lundi 18 janvier 2010

Brèves en bref


Tian da lei pi, pôv con!

Tintin entre enfin dans l’Empire du Milieu et de la Contrefaçon Douteuse par la grande porte. Après plusieurs versions oundeurgraôunde, Tintin sera enfin traduit pour les Chinois. Par un vrai traducteur, s’entend. Et d’après la version d’Hergé, en plus! Oui bon c’est pas demain la veille que Tintin au Pays des Soviets y verra le jour, mais sérieux, un album qui montre pendant quatre planches et plus le hardi reporter se sculpter une hélice (puis une autre) d’avion avec un arbre et un canif, je crois que la Chine s’en remettra. Expérience intéressante de la BD belge qui fait une incursion dans la sphère asiatique déjà conquise par le manga! Après des Spirou « mangafiés », verrons-nous des mangas à l’européenne?

http://www.cyberpresse.ca/arts/livres/bd-et-livres-jeunesse/201001/14/01-939053-tintin-entame-de-nouvelles-aventures-en-chine.php

Google-moi ça

Je me rappelle avoir lu il y a quelques années que Google (vous connaissez?) avait demandé au New York Times de cesser d’utiliser le mot Google en tant que verbe (to google, en français, ben googler, quoi), car l’entreprise considérait qu’elle possédait les droits de propriété intellectuelle et donc que le nom ne faisant pas partie du domaine public. Avec les résultats qu’on connaît.

Échec fracassant de la législation contre l’usage. À bon entendeur...

http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/201001/14/01-939093-google-elu-mot-de-la-decennie.php

Ceci dit, n’est-ce pas le rêve de toute entreprise que de voir son nom ou son produit faire partie du langage courant? N’est-ce pas la pub ultime, de figurer dans le Webster ou le Bob? Des entreprises financent des amphithéâtres, des salles de spectacle, même des locaux d’établissements universitaires (HEC Montréal a la salle Microsoft, le salon Bell et l’armoire à balai Nortel).

Ce qui m’amène à la réflexion suivante : aura-t-on un jour un vocabulaire « sponsorisé »? Si ça marche pour google, twitter et consorts, aura-t-on un jour à McDonaldiser, à Windowsiter son système, à se Blackberriser la gueule, à SNCFiser ses vacances?

« Mais non, vous dites, l’Humain, libre, fort, noble, ne s’abaissera jamais à accepter des sous pour modifier son langage, son être, son identité! »

Vous avez raison. Il le fait déjà gratis.

Vous pouvez être en désaccord avec ce point de vue seulement si vous portez des vêtements qui ne portent pas de logo ou qui ne sont pas identifiables à une marque (et oui, même si cette marque est bio, écolo et équitable, pub is pub).

Go.

mercredi 4 novembre 2009

Dix bonnes raisons et deux néologismes

"Le gouvernement [français] "enrichit" le français de deux néologismes", L'Express, 4 novembre 2009

Au fil des joutes entre l'opposition et le gouvernement, mais aussi des querelles de la majorité, la langue française s'est enrichie en deux jours de deux néologismes: "imprivatisable" et "inénervable".

Dix excellentes raisons pour inventer un mot

... quitte, parfois, à fonder le néologisme sur un emprunt...
... quitte à ce que cet emprunt soit prélevé chez une langue concurrente...
... quitte à ce que cette langue concurrente soit politiquement dominante...

1. Parce qu'il n'existe aucun mot de sens équivalent en français.

2. Pour exprimer un peu d'affection à la morphologie dérivationnelle.

3. Pour choquer Denise Bombardier et Georges d'or.

4. Pour enrichir un ensemble de synonymes.

5. Pour rigoler.

6. Pour exprimer en un seul mot ce qu'on exprimait avant en plusieurs.

7. Pour exploiter un suffixe folichon: -ure, -ette, -olle, -oche...

8. Pour la rime.

9. Pour confondre ses adversaires.

10. Parce que personne à table n'a trouvé le mot juste.


Et une pour la chance:

11. Pour affubler le composé latin d'un doublon grec.

jeudi 22 octobre 2009

Fiel fielleux en stock


On me demande, candidement, ce que je pense de la « traduction » en Canayen-français de Coke en Stock, énième tome d’Hergé (j’ai jamais compris l’ordre des parutions, oui je sais que Casterman les a numérotées mais ils ont gommé des imprécisions, et d’ailleurs là n’est pas le propos, fermons cette parenthèse, merci).

Première réaction : bof. Je m’en tape avec une indifférence qui donne une idée de l’infini, comme disait Greg.

Seconde et suivantes réactions : malaise, indécision, incapacité d’agripper le concept mentalement, y a un accroc.

Bref, j’ambivaux[i].

Le petit diable sur mon épaule gauche, qui s’oppose à tout, me rappelle l’affect, l’attachement que j’ai envers le héros à la houppette, mes après-midi sur le bord de la piscine à me fasciner de fusées rouge et blanc carreautées, des vertus du scotch Loch Lommond et du jeu de mot d’Ottokar, que je n’allais comprendre que bien plus tard. Tintin, c’est mon enfance, c’est déjà en français, pas touche. De mettre les phylactères en joual, de contribuer à l’encheapissement (revoir note en bas de page) d’une franchise déjà über-mercantilisée, d’aider un éditeur qui tire déjà beaucoup trop de jus d’une œuvre qui a autre chose à donner que des figurines en simili-résine vaguement ressemblantes à 29.95 $ la gugusse de 100 gr. de un demi-pouce de haut (zavez remarqué que la face de Tintin et de celle du Petit prince (34.95 $) ont l’air d’être tirées du même moule?), ça me met en rogne.

L’argument du mec qui a fait le machin se vaut, selon les humeurs : « On a déjà traduit Tintin en des langues de moins de 100 000 locuteurs; de plus, on avait déjà des versions québécoises de Tintin en underground, alors pourquoi pas lui donner ses lettres de noblesse? ».

Ouais.

Donc, défendons le français canadien québécois. Le français canadien-français. L’Amaricain du nord français. Le québécois francophone d’origine française (pour la suite, Elvis Gratton, la scène de l’avion). Notre français est en santé, pétulant et rayonnant, Cirque du Soleil, Denys Arcand, Bombardier, youpi, maîtres chez nous pis toutte. Fort bien, mettons-le en avant-plan, saisissons la croix des Belles-sœurs de Tremblay et la bannière fléchée de Natashquan, hop aux remparts, vive le Kébek, bout d’viarge.

Je me rappelle d’une savoureuse anecdote, si vous me permettez d’apparter. Un sondage effectué auprès des gens vivant dans la ville de Québec indiquait que 90+ %? (87-93 %, on va pas s’arrêter aux détails, non mais) ne se sentaient pas complexés par rapport aux gens de Montréal. Fort bien. Mais, observa un chroniqueur (Lagacé, à La Presse, je crois) : alors pourquoi, diantre, avoir ressenti le besoin de faire un sondage? Même principe ici : sommes-nous encore complexés? Colocs en stock est-il un symptôme du malaise des « Personnes de couleur blanche » d’Amérique? Va pour l’exercice de style, c’est légitime, pourquoi pas. Après tout, la série télé Les Simpson, admirablement bien adaptée, localisée au Québec, est un phare lumineux de la réussite des capacités bénéfiques et enrichissantes de la phagocitation culturelle (mais notons que South Park, succès ici en frança-de-France, a vu sa version québécoise retirée des ondes du Mouton Enterré de la télé après 2-3 épisodes).

Mais alors, bloggeux véhément et illogique, me diriez-vous, c’est ok si c’est une série américaine, mais quand c’est belche, une fois, on crie au viol? Eurocentriste, va, sifflez-vous.

Je dis peut-être, mais je vois pas le rapport, on jase langue, là, n’ergotons pas.

*bruit de vos justes arguments s’écrasant sur le bouclier de ma mauvaise foi*

Tiens, puisqu’il est question de logique, et que j’ai envie de changer de sujet, le traducteux qui a commis/créé (selon de y-où s’qu’on se place) Colocs a jugé bon, et en cela je le salue, de garder telles quelles les invectives du brave capitaine Haddock (ou Aiglefin, ou S’tie d’Aiglefin Highliner, tant qu’à tout traduire). Pas de « Taouin » en guise de « Bachi-bouzouk », pas de « Calvâsse de twit » pour « Anacoluthe » (je savais, amis linguistes, que vous priseriiez cet exemple) …Et je pousse un soupir de soulagement. On peut traiter Tintin de tous les noms, dessiner les Dupondt en train de se frencher (nooooon, pas comme « franciser », là …pfff.), mais les insultes, on touche pas, sinon j’aiguise mes torches et allume mes fourches (quand je suis fâché, je mêle tout) et sus à l’impie.

Donc il a pas traduit les insultes. Bon.

Mais il a …(retire ses lunettes, se masse l’arête du nez)…si je comprends bien…(touss touss de contenance)… il a …(répétition, silence dramatique, vous me voyez venir depuis la première parenthèse, c’est fou comme on se sent fin finaud quand on comprend avant la fin de la phrase, hein)…traduit le reste. Qui était, osons présumer, déjà parfaitement intelligible pour les Québécois.

Là, c’est mon démon de l’épaule droite, pragmatique, qui se ratatine.

Et en passant, j’aime pas la tentative d’allitération de Colocs en stock (ou le fait que c’est un segment de phrase prononcé par les disquaires, surtout après le film Dédé à travers les brumes, précédé par « On a plus d’albums » ou « On va ravoir la semaine prochaine les compiles des »). Le coke, produit du charbon obtenu par distillation de la houille dans un four à l'abri de l'air (merci wiki), est une matière noire, un code, une allusion au caractère négroïde des cargaisons d’esclaves dont il est question dans l’album (original). Avoir des colocs en stock serait, avouons-le, difficile à expliquer aux contrebandiers qui auraient à justifier leurs messages aux autorités maritimes. Remarquez, ils naviguent dans des eaux aujourd’hui grouillantes de pirates somaliens, hein, bof, non mais, quand même, ce titre est un choix de style au détriment du contenu. S’il s’applique au reste de l’album, à vous de dire, moi je lirai pas (ou ferai comme Da Vinci Code et le lirai et je le dirai pas, cf mauvaise foi).

Si j’en tire une conclusion? Qu’il faut le prendre comme c’est, un exercice, une étude, autant sur l’objet lui-même que sur les réactions et les discussions (et autres excellents blogs) qu’il suscite. L’objet lui-même? Une bd, pour la forme, mais pas au même titre que les « vraies ». Une curiosité, un truc pour collectionneur nigaud (pléonasme?), l’équivalent bédéesque du L H O O Q de Duchamp (en fait pas vraiment, mais étalons notre culture et les capacités de nos moteurs de recherche) ou des reproductions de Britney Spears peinte en Warhol. Après tout, en cette ère de recyclage culturel (au cinoche seulement, citons Astro, Toy Story 3-4, G.I. Joe, Transformers, remake évité de justesse de Psycho par Michal Bay, La Guerre des Tuques 25 ans après, Pinocchio 3000, Le petit poucet : la vraie histoire ou les DVD nostalgie de vieilles séries poches filmées en super-8 semi-mono mais redigitalisées Blu-ray 1080 p full hd son 7.3 Hyper surround THX® avec des nouvelles chansons inédites « qu’on vient de découvrir », et quoi qu'on fasse digitalement parlant, commenceront TOUJOURS par la notice sur fond bleu poche de l'assemblée d'Interpol le 8 septembre 1977 à Stockholm), faire du neu’ avec du vieux, c’est de son temps, et parfois la seule éventualité pour assurer une pérennité quelconque à ce qui vaut la peine, même en version abâtardie, d’être gardé.

[i] D’ambivaloir. Être en proie à l’ambivalence. Ceci je vous rappelle est une arène où puristes et réformistes se trucident à coups d’arguments dans la yeule, le terme est donc à-propos. Si, en lisant ce néologisme, votre dentier et votre contenance se sont éparpillés sur le plancher, vous êtes puriste, y a pas de sot métier; si une frétille néologique vous a parcouru l’échine en imaginant l’Académie tomber en syncope, vous êtes réformiste, pas plus grave, va. Mais si vous vous considériez réformiste et que vous des dents grincâtes en lisant ce néologisme y afférent, un examen de conscience s’impose, vous trippez plus sur le cardinal Richelieu que vous ne le pensez. Vous pouvez remonter, cette note est finie.

lundi 19 octobre 2009

Code d'écriture SMS - dossier du Tigre



Toujours dans le contexte des querelles saisonnières d'écriture, Le Tigre nous rappelle qu'une révolution de l'écrit, et pas que pour le français, se profile. Nourrie par la base, elle ne trouve aucun appui chez les lettrés, encore moins chez quiconque âgé de plus de vingt ans. Pourtant, ce code nouveau se répand avec une efficacité qui a de quoi faire rougir les rectifications orthographiques recommandées par... l'Académie française... dont l'adoption traîne en longueur depuis vingt ans.


Ouverture, par Le Tigre, d'un dossier sur l'écriture SMS.
Analyses fines et sans panique.


On ne va tout de même pas les accuser d’avoir manigancé la position des lettres associées aux chiffres du clavier téléphonique, qui fait la part belle au k, plus encore au w. Et c’est ainsi, ironie du sort, que le k, lettre savante en voie de disparition dans la langue française, souvent mal-aimée des collégiens et lycéens car plus difficile à tracer qu’un simple c, connaît un revival qui fait le désespoir des professeurs.


- Laetitia Bianchi, dans "De la mobilité des téléphones et de la langue", Le Tigre, 19 octobre 2009


mercredi 7 octobre 2009

Langue française - actualités

Orthographe, débat 2009

En cet automne 2009, le débat s'organise autour de l'essai polémique de François de Closets "Zéro faute", dans lequel le journaliste et écrivain règle ses comptes avec ses propres difficultés orthographiques et défend le principe de simplification orthographique.

Ressources linguistiques et normalisation

Entre autres ressources de qualité, le nouveau Portail linguistique du Canada offre maintenant gratuitement l'accès à la base de données terminologique bilingue Termium. Le portail permet aussi d'accéder à FRANQUS, le nouveau dictionnaire de langue française entièrement original et conçu au Québec, de même qu'aux chroniques linguistiques du BTB, parmi lesquelles je vous recommande particulièrement la lecture de celles signées par Jacques Desrosiers.
Les nouveaux venus du Petit Robert 2010, noms propres, noms communs et expressions figées, nourissent la presse ces jours-ci:















    vendredi 2 octobre 2009

    Les ministères récidivistes qui contreviennent encore aux recommandations de l'OQLF

    Un petit coup de fil à ces messieurs dames...
    (Source: Impératif français)

    Services Québec 514-644-4545

    Revenu Québec 514-873-2610

    Régie du logement 514 873-2433

    Régie des rentes du Québec 514-253-6556

    Office de la protection du consommateur 1-888-528-7741

    Commission d’accès à l’information du Québec 1-888-385-7252

    Hydro-Québec 1-800-361-7620

    Société de l’assurance automobile du Québec (SAAQ) 1-888-461-2433

    Commission des transports du Québec 1-800-567-3900

    Directeur de l’état civil 1-800-561-9749

    Régie de l’assurance maladie du Québec 418-528-9323

    Caisse de dépôt et placement du Québec 1-866-330-3936

    jeudi 1 octobre 2009

    Le Ramat de la typographie a fait des petits en Europe

    Le Ramat européen de la typographie de Romain Muller, encore tout chaud, est rédigé entièrement en nouvelle orthographe.

    Court extrait de l'index, déjà disponible sur le Web:

    Maginot (la ligne) 40
    mai 68 (les
    évènements de) 40
    maison 137
    maison (histoire) et
    maj. 36
    maitre (fém.) 144
    majuscules
    — accents dans les
    abrév. et sigles 46
    — accentuées



    Ça vous choque?
    Pas moi.

    Il est d'autres domaines de normalisation langagière en lesquels le Québec fait école...

    Yep, la résistance française ("Le genre est inhérent au nom! Le genre est inhérent au nom!") s'épuise, la pratique de féminisation des titres ("[...] phénomène qui s’inscrit dans le sillage du féminisme nord-américain]*) fait son chemin.

    Anecdote
    Ho, ça me rappelle l'histoire de cet excellent professeur de linguistique de l'Université de Sherbrooke, locomotive, par ailleurs, de l'admirable "Dictionnaire de la langue française" (dictionnaire de contenu entièrement original et québécois), Pierre Martel, pour ne pas le nommer, qui nous racontait cet incident survenu alors qu'il présentait une conférence en France.

    Au cours de sa présentation, certainement exprimée dans une langue impeccable, Martel a fait usage d'un titre de fonction féminisé. Fin des années 1990. À cette époque, la féminisation des titres était encore largement perçue, en France, moins en Belgique et en Suisse, comme le fait d'une horde de femelles américaines hystériques. De fait, un linguiste français de l'auditoire, voyant dans cette parole un acte militant doublé d'une troublante provocation à l'égard de la tradition linguistique française, aurait ainsi, d'après mon souvenir de la narration, interrompu Martel:

    "Monsieur, ceci est puéril et nuisible."

    (de mémoire, hein!)

    Le genre est inhérent au nom, les gars.

    Répétez après moi.

    Tout ça pour vous dire que le Ramat européen est à jour aussi sur les pratiques de féminisation des titres.

    C'est la révolution en marche.
    Une étape de plus de la marche victorieuse et conquérante des normalisateurs d'Amérique francophone.


    ___________________________________
    * Pierrette Vachon-L'heureux, OQLF