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mercredi 10 février 2010

To remove window, pull rubber strip/Pour se enlever de la fenêtre, tire frotteur dénuder

J’ai pensé à vous (et au fait que mes écrits risquent, un jour, de faire exploser le lectorat, que gloire et honneur pareront mon front ceint de fleurons glorieux et que Spielberg, Scorsese et Von Trier se battront pour faire Mauvaize Langue – Le film*) cette semaine, en voyant ce lien :

http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/telecoms-et-mobilite/201002/09/01-947906-un-telephone-qui-traduirait-6000-langues-en-temps-reel.php

(Oui, je sais, les liens Cyberpresse, ça commence à bien faire).

Ma première réaction à ce noble essai de la part Gougle de faire un portable/tour de Babel a été, un peu, comme suit :

AHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHAHA*GASPE*HAHAHAHAHAHAHAH*RONFL*HAHAHAHAAAAaaa.....

Seconde réaction, du haut de ma SUperbe**, de ma GRâce** de mec-qui-des-fois traduit (ouais ben j’ai les papiers attestant le machin, hein), soliloqué-je en ramassant mon monocle :

Insensés! Pauvres fous! Remplacer l’Humain, le TRaducteur par une machine, un vulgaire amas d'algorithmes***, un tas de boulons et de leviers et de lampes et de barrettes de mémoire 35T-449 Matsushita! Comment feraient-ils? 6 000 langues! Le japonais et sa myriade de déclinaisons de déférence! L’allemand et son second verbe foutu en fin de phrase! Les incidents diplomatiques! La communication comme obstacle à la communication!

Troisième réaction : ...ben en fait, si on peut désigner l’appariement, et en conjonction avec le carnet de contacts du téléphone donnant des métadonnées sur l’interlocuteur (ami, bureau, maquereau), qui détermineraient le niveau de langage\politesse... Zutre, c’est pas bête, finalement.

Ceci dit, depuis la pierre de Rosette qu’on tente de bâtir des mémoires de traduction automatisée, et Saint Jérôme rigolait déjà à l’époque des premières vaines tentatives de rendre « Shangaï stir fry vegetables », « Time flies like an arrow » et « Ce fut un grand vaisseau taillé dans l’or massif » par « Légumes pour faire sauter Shangaï » , « Les mouches du temps aiment une flèche » et « 404 – error, site not found ». Je souhaite donc à cette boîte, ce...comment déjà? Goglu? Gougoune?

À c’te boîte, bref, bien de la chance.

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* À ce titre, Clooney pourrait très bien me jouer (Pitt, nah, trop évident)
**Oui deux majuscules, une seule ne suffit pas à rendre l’éthérité du ton altier me caractérisant à ce moment
*** J’ai totalement oublié pourquoi j’ai mis ces astérisques-là

mercredi 20 janvier 2010

Onanwebisme



Vous connaissez ce site - http://www.engrish.com/ - qui recense les pires babaelfisheries commises par des entreprises et des organismes chinois qui ne savent pas causer l’angliche (oui oui, il reste des gens qui savent pas parler l’anglais, imaginez-vous, Google peut bien vouloir s’éjecter de ce pays étrange) et qui le traduisent/adaptent n’importe comment? Assez jouissif en fait (attention : site en anglais).

Puis, en lisant billets et commentaires désopilants, instructifs et enrichissants sur cet autre blogue tellement de qualité que vous en saignerez du nez (et qui, non content d’être fracassement pertinent, a le bon goût d’attirer un prestigieux lectorat** qu’est pas piqué des vers) - http://mauvaizelangue.blogspot.com/2010/01/run.html (1), ou même http://mauvaizelangue.blogspot.com/2010/01/le-bien-perler-et-le-bon-usage-morceaux.html (1) - je me suis demandé s’il existait un site qui, comme Engrish, traiterait des mots anglais disséminés insidieusement et incessamment dans cet Hexagone attendrissant et sans cesse assurément sensible aux questions de langue. Si, si.

Je veux dire, là où chef salad, grappe-fruit et management règnent en masters, j’aurais pensé qu’un Français en France aurait trouvé ça bath et trop lol de faire la categorize et de sampler des pics sur un blog* sur les affichages et tics à l’english tellement made in France.

J’ai trouvé à date ceci : http://coyote-des-neiges.blogspot.com/2007/06/laffichage-londres.html, mais je ne sais pas si y a un site exclusive* pour les mots anglais qui, sous prétexte d’être cool, people et in, remplacent des vrais mots molièresques sans raison autre que pour flasher.

Avouez que ça déchirerait.


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(1) Source : http://mauvaizelangue.blogspot.com/ (ou faites refresh, ca fait pareil). J’ai lu sur xkcd.com qu’un jour, Wiki finirait par s’auto-référencer et que ça ferait imploser Internet. Ceci était une tentative, notre lectorat approchant l’importance de Wikipedia. Peu à peu.

*En anglais dans le texte : veuillez lire avec l’accent anglo-saxon svp.

lundi 18 janvier 2010

Brèves en bref


Tian da lei pi, pôv con!

Tintin entre enfin dans l’Empire du Milieu et de la Contrefaçon Douteuse par la grande porte. Après plusieurs versions oundeurgraôunde, Tintin sera enfin traduit pour les Chinois. Par un vrai traducteur, s’entend. Et d’après la version d’Hergé, en plus! Oui bon c’est pas demain la veille que Tintin au Pays des Soviets y verra le jour, mais sérieux, un album qui montre pendant quatre planches et plus le hardi reporter se sculpter une hélice (puis une autre) d’avion avec un arbre et un canif, je crois que la Chine s’en remettra. Expérience intéressante de la BD belge qui fait une incursion dans la sphère asiatique déjà conquise par le manga! Après des Spirou « mangafiés », verrons-nous des mangas à l’européenne?

http://www.cyberpresse.ca/arts/livres/bd-et-livres-jeunesse/201001/14/01-939053-tintin-entame-de-nouvelles-aventures-en-chine.php

Google-moi ça

Je me rappelle avoir lu il y a quelques années que Google (vous connaissez?) avait demandé au New York Times de cesser d’utiliser le mot Google en tant que verbe (to google, en français, ben googler, quoi), car l’entreprise considérait qu’elle possédait les droits de propriété intellectuelle et donc que le nom ne faisant pas partie du domaine public. Avec les résultats qu’on connaît.

Échec fracassant de la législation contre l’usage. À bon entendeur...

http://technaute.cyberpresse.ca/nouvelles/201001/14/01-939093-google-elu-mot-de-la-decennie.php

Ceci dit, n’est-ce pas le rêve de toute entreprise que de voir son nom ou son produit faire partie du langage courant? N’est-ce pas la pub ultime, de figurer dans le Webster ou le Bob? Des entreprises financent des amphithéâtres, des salles de spectacle, même des locaux d’établissements universitaires (HEC Montréal a la salle Microsoft, le salon Bell et l’armoire à balai Nortel).

Ce qui m’amène à la réflexion suivante : aura-t-on un jour un vocabulaire « sponsorisé »? Si ça marche pour google, twitter et consorts, aura-t-on un jour à McDonaldiser, à Windowsiter son système, à se Blackberriser la gueule, à SNCFiser ses vacances?

« Mais non, vous dites, l’Humain, libre, fort, noble, ne s’abaissera jamais à accepter des sous pour modifier son langage, son être, son identité! »

Vous avez raison. Il le fait déjà gratis.

Vous pouvez être en désaccord avec ce point de vue seulement si vous portez des vêtements qui ne portent pas de logo ou qui ne sont pas identifiables à une marque (et oui, même si cette marque est bio, écolo et équitable, pub is pub).

Go.

mercredi 6 janvier 2010

Harry Potter et la post-synchro de la mort maléfique qui tue sa race dans ta gueule


Intérieur, salle de classe, lumière à la chandelle, plan général
McGonagall : Allez, les enfants, retournez dormir!
Scène suivante, extérieur, SOLEIL PÉTANT genre midi, plan américain
Harry, Ron et Hermione : Il reste de l’herbe*?

(Harry Potter et la pierre philosophale)

Extérieur, ensoleillé, plan rapproché
Harry : Nous avons quelque chose que Voldemort n’a pas.
Ron : Ah oui?
Plan en plongée, contre-zoom
Harry : …et qui vaut la peine qu’on se batte… (Fin, générique)

(Harry Potter et l’ordre du phénix)

Chers aminches, chères aminchettes,

Vous l’avez deviné, le post d’aujourd’hui portera sur les adaptations foireuses au cinéma, car nous, fluents bilingues, sommes parfois contraints d’écouter un film en version adaptée parce que minoritaires dans un groupe d’indécrottables monolingues, ou en couple avec une moitié pas si douce et qui « ne veut pas s’escrimer à comprendre », et avec qui la continuité des relations entretenues ne devraient à partir de ce moment que se baser strictement sur des fonctions utilitaires, ce qui, mince alors, nous éloigne de notre propos.

Donc cinoche traduit.

Comme pour la bédé (voir autre post, et non je mets pas de lien, travaillez un peu), l’adaptateur/traducteur doit composer avec de nombreuses contraintes. Non seulement il doit traduire de A à B, mais en plus, il doit le faire selon le dialogue (rappelez-vous les premières minutes d’Astérix et Cléopâtre : les lèvres doivent suivre le texte!). Donc même si le génialissime traducteur trouve la tournure parfaite au mot d’esprit dit par le personnage, même s’il fait un jeu de mot encore plus efficace que la v.o., même si la citation fera école et se trouvera dans tous les biscuits de fortune…ben si les labiales, fricatives et autres occlusionnetées ne marchent pas avec cet imbécile de personnage filmé en gros plan, ca foire. Gros temps**.

Voici comment ça fonctionne : le traducteur écrit les dialogues sur une « bande défilante », qui, comme son nom l’indique avec un à-propos qui nous ébaubit, défilera sous l’image; en studio, le comédien lira cette défilante de telle façon que le texte collera au dialogue (je vous explique pas le minutage, la synchro et tout le bazar, mais laissez-moi vous dire que c’est tout un matos).
Parfois, on peut tricher : les voix off, les plans d’ensemble ou des répliques dites par un personnage dos à la caméra sont plus aisées, plus faciles (et adapter les répliques de HAL dans 2001, non mais ça c’est de la franche rigolade); à l’inverse, on le devine bien, un plan serré ou des lèvres en gros plan, ca demande plus de travail (imaginez si « Rosebud » avait à être rendu par « Plénipotentiaire »).

De plus, notons la contrainte « temps » : ben oui, les traductoches ont des délais de tombée à la con, ça c’est universel. Mais pour une adaptation d’un bloque-beausteure (genre Star Wars, hyyyyyyyyper protégé et confidentiel bicause des fois ça coule sur le Web avant la sortie), et dans un contexte, disons au Québec, ou la loi stipule que TOUTES les salles doivent offrir un film PARTOUT dans la province EN MÊME TEMPS, donc que les camions blindés attendent au studio en tapant du pied à la veille de la sortie, ben ça presse un peu le traducteur en plus de l’équipe technique.

Fait d’ailleurs cocasse : pour Star Wars : La menace fantôme, les comédiens travaillaient avec une version censurée à l’écran. Ils devaient baser leur jeu et leurs intonations sur une version du film en noir et blanc portant en plein milieu la mention CPOYRIGHT LUCASFILMS. Comme quoi même si les traducteurs avaient fait un travail admirable, les comédiens avaient peu de chance de faire autre chose qu’un résultat passablement moyen***. Ah et pour rire, le script du film, en un seul exemplaire, devait passer du traducteur aux techniciens aux comédiens. « Ben faites des photocopies, connards », vous vient spontanément à l’esprit. Ce à quoi j’ajoute que ben je crois bien qu’on y a pensé, mais Lucas (et il est pas le seul, la pratique est courante), pour éviter la diffusion autant du script autant que du film, avait fait tirer ses documents sur du papier rose. Inactinique.

(espace blanc vous donnant le temps de googler ce dernier mot.)

Oui, donc, totalement pas photocopiable. Et le temps de taper au Word? Pas possib’. D’ailleurs, je crois que la loi des droits d’auteur interdit la conversion des scripts en format électronique.
Bref, des heures de plaisir.

Ceci était un préambule. Je voulais donner une idée des conditions dans lesquelles le travail sur lequel je vais joyeusement tapocher est fait, et ce, même si j’abuse des pronoms relatifs dans cette phrase.

Revenons au début : Harry Potter, dans le premier extrait, se fait dire « Go back to your dormitory »; retourne au dortoir. Erreur d’interprétation : retourner au dortoir ne veut pas dire aller dormir, à plus forte raison s’il est midi au soleil tapant (et que le prince des ténèbres veut choper la pierre philosophale, a fortiori). Et les caupains, même si l’adaptateur adaptait au fur et à mesure du film, son erreur est impardonnable : le script comporte les dialogues et les données techniques (plan de caméra, intérieur/extérieur, didascalies diverses); il pouvait difficilement ignorer qu’il est près de midi (et encore moins les sombres desseins du plus sombre encore prince des ténèbres).

Second extrait : Il passe, me dites-vous. Même si c’est la dernière réplique du film, qui accompagne un plan d’ensemble qui contre-zoome vers un avenir qui chante, et qu’on ne sait pas c’est quoi, ce % »&/&?%$! de quelque chose, que Voldemort a pas, et que eux, ils ont, ca passe.

Je dis : non. Beurk.

En anglais : «We have something Voldemort doesn’t : Something worth fighting for ». « On a quelque chose que Voldemort n’a pas : quelque chose qui vaut la peine d’être défendu », ou « une raison de se battre », ou autre variation. Pas un général et public-en-suspens laissant « …et qui vaut la peine qu’on se batte »! Surtout que le zoom est amorcé : on voit plus vraiment les lèvres des personnages, y a de la place pour tricher…sans dire que, nom d’un bordel de zut, c’est la dernière réplique. Alors non mais hein, quoi.

Petite perle en se laissant : Le film A time to kill, vous connaissez? Un mec tue les violeurs de sa fille. À la carabine, dans le palais de justice où les criminels (mais c’est des rednecks pas fins, tant mieux pour eux) vont comparaître. Un procès s’ensuit. Comment, pensez-vous, que le film finit? Mmmh? Le titre en français?

Non coupable.

Sans rire.

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* Je me rappelle pas bien en fait
**Big time
***Par contre, les possibilités de rendre un résultat àch’, elles, furent exponentiellement dodécuplées

lundi 7 décembre 2009

Hé Jug, file-moi le tarpé


Texte sur la bd et la traduction que quand on a trouvé un titre spirituel
et recherché on est content mais là ça vient pas, zut de zut

En parlant de Colocs en stock publié précédemment, on m’a instamment (et, oui, avouons-le, en usant de chantage) demandé de vous parler de deux de mes dadas, et de la fusion d’iceux, c’est-à-dire la traduction et la BD. Outre l’étalage éhonté de mes capacités mnémoniques, le présent blog a surtout pour but de mettre un baume sur ces moments de notre enfance à nous tous, ces instants magiques où, assis, vautrés, indolents, fût-ce sur un canapé (genre sofa, pas craquelin paris-pâté/olive), un lit, un pédalo ou un trivial bidet, nous nous régalâmes des aventures de Betty et Veronica et d’Archie Andrews et son mode de vie plutôt polygame, et que soudainement, paf, une faute d’orthographe, infâme, ou une tournure mal foutue, la salope, ou autre maladresse d’écriture ou de traduction, scrogneugneu, fichait le gag en l’air, brisait le rêve, nous laissait nus, seuls dans le froid d’un monde pourri, torve, déliquescent et cacateux.

Je m’emporte.

Enfin, je vous parle des joies, défis et nombreux pièges de traduire la BD. Ben je vous propose, hein, sinon, y a plein d’autres choses à voir, Internet regorge de vidéos de singes qui se grattent le derrière ou d’éléphants qui accouchent live (authentique). Comme ça, les pauvres gens de chez Éditions Héritage et leurs traductions foireuses (« Formid! Sympa! Hé Jug, on se roule un tarpé? ») seront à demi pardonnés… ou non.

Parce que vous, lecteurs de bd étrangère même pas écrite dans notre langue, vous pensez que traduire ça se fait en soufflant dessus ou en babelfishant? Que non! Y a des degrés de difficulté insoupçonnés. Le premier : la taille du phylactère. Vous avez déjà traduit du PowerPoint? Un tableau Excel? Dans une combinaison de langues où la langue d’arrivée est fichtrement plus longue que celle de départ? Sacrant, vous dites? Pas le droit de mettre tout en police 3 points! Et quand vous devez rendre « Cool » dans une bulle de ¼ de pouce carré et que ça donne « Supertittenaffengeiltopcool, Mann »? Faut tricher, improviser, sans rien perdre dans le transfert (oui bon « cool » c’est universel, c’était qu’un exemple, là), et on peut pas vraiment faire de la compensation comme en traduction littéraire (c.-à-d. changer une tournure ou une figure de style plus loin dans le texte) : le phylactère est immédiat, présent, instantané, et ça réduit l’éventail de solutions.

Parlant d’immédiatateté*, autre contrainte : les petits dessins, là, les p’tits Mickeys, ben ils bougent. Bon, en fait, ils signifient le mouvement. Et avec le caractère immédiat de la bédé, les personnages, ils ont pas le choix, ils joignent toujours le geste et la parole – ils obéissent au dessinateur qui, manque de pot, est la plupart du temps, lui aussi locuteur de cette langue de départ imbécile qui a la fâcheuse tendance à ne pas être le français. « Ben là pas grave, pfff », unisonnez-vous. Ah oui? Les Malais, ils font oui de la tête comme nous, on fait non, c.-à-d. qu’ils opinent pour refuser. Le « ok » américain, joindre le pouce et l’index en laissant les trois autres doigts en éventail, geste positif et plein de joie, signifie un gros zéro et son corollaire, « pôv’ con », dans certaines parties d’Europe. Tous ces petits drôles de faits, mis ensemble, contribuent à causer moult emmerdes et aident pas à la satisfaction de délais avec tout ça non mais.

Autre raison de se péter la tête sur son clavier en dressant à très haute voix les accessoires d’un prêtre?

Mise en situation : Deux personnages font du patin à roulettes. Le patin de l’un grince, l’autre dit : achète une autre paire. L’autre : je suis trop grigou.

Outre le mot « grigou » qui a défrisé le plus calvicieux d’entre nous, cette discussion entre mecs à patins à roulettes est tellement anodine qu’on s’en contre-torcherait allègrement le nombril avec le pinceau de l’indifférence, et ce, avec l’énergie du désespoir. Mais un rapide coup d’œil sur la v.o.a. nous indique un incroyable jeu de mots du second personnage : « I’m a cheap skate! ». Skate, patin. À roulette. Cheap, ben cheap, quoi. Lol, l’eaule, l’haut-le. Pété des R, nous sommes. Mais comment, bordel, traduire l’intraduisible dans ces conditions? C’est la que le bât fesse. Pas de place pour expliciter, pas d’esquive à cause de l’image, et l’expression idiomatique/calembour choit comme une vieille chaussette deçà, delà pareil à la feuille morte. Dure loi de la jungle, et je vous avoue que lire de la bédé traduite, je suis pas capable, je lis et transpose en même temps en cherchant la blague ou la tournure originelle. Faiche.

Dernier point, pas du sujet, vous allez m’en trouver plein, petits canaillous, mais dernier que moi je dis, là, là : l’aspect « localisation ». Il ressemble à la difficulté précédente (jeu de mots), mais selon l’aspect culturel de la langue d’arrivée par rapport à la langue de départ. Pasque Internet et Twitter ont pas encore uniformisé le monde, il reste des contrées reculées, primitives et infestées de tous-nus qui – ô stupeur – ignorent les idées telles « lol », « Wal-mart » et « Doritos ». Je sais. Et en plus, ces peuplades barbares s’attachent à des concepts non-fondés affublés de l’amusant terme « histoire » et des mythes soi-disant « fondateurs ». Alors, à cause de principe du révélateur culturel, les aventures de Green Lantern, personnage arborant le justaucorps émeraude, prend une teinte assez intense en certains endroits, genre en territoire palestinien, où le vert a une importance toute spéciale (googlez-le, pas de raison que je me tape tout le travail ici, merdre). Et Wonder-Woman chez les Talibans, euh, comment dire…pas super évident.
D’aucuns me diront que ces cas n’ont pas d’importance, puisque aucun éditeur ne s’essaierait à publier dans de tels cas-limites. D’autres de ces aucuns, plus cons, diront que de toute façon ces tenants d’un folklore rétrograde ne savent pas lire anéwé. Nous tairons ces xénophobes, et je leur dis qu’il n’y a pas de petit profit, et que de toutes façons, un jour tout le monde connaîtra les péripéties de Bob et Bobette, qu’ils le veuillent ou non. Cependant, pour le traducteur, à part amenuiser l’incidence d’une phrase culturellement non-recevable, et espérer que le personnage ne fera aucun geste ni n’arborera une couleur risquée pour son lectorat, y a pas grand-chose d’autre à faire. Après tout, caveat emptor, les locuteurs auront le choix d’acheter la bédé ou non, le traducteur traduit, rend le sens (ou le non-), fait de son mieux pour transférer l’émotion et les mécanismes linguistiques avec les moyens qu’il a. Et puis, même si la version traduite « sent » la traduction, ça donne un petit kick au lecteur et lui permet de comprendre une réalité étrangère à la sienne, ou, à tout le moins, un indice que des gens vivent, lisent, rient et bédéent d’une façon autre – mais pas mauvaise.

*Oui, je sais. C’est voulu. Z’avez pas remarqué que j’avais mis cette phrase en Verdana (Sarcastic)?