mardi 2 mars 2010

Les J.O. (ou comment supporter les supporters)


Avez-vous suivi les Jeux Olympiques qui viennent de se terminer? Moi oui, et j’ai mal supporté qu’on utilise le terme supporter à qui mieux mieux au lieu de partisan, au sens nominal, ou appuyer, soutenir, au sens verbal. Mais suis-je donc une puriste? Est-ce moi qui crie à l’anglicisme où il n’y en a pas?


PARTISANS de l’anglicisme

Petit Robert
«v.tr.
III. ANGLIC. SPORT Encourager, soutenir (un sportif, une équipe sportive). – PAR EXT. Donner son appui à.»(1)

«n.m.
ANGLIC. (var. francisée SUPPORTEUR, [RARE] TRICE). Partisan (d’un sportif, d’une équipe), qui manifeste son appui. – Personne qui apporte son appui à qqn.»(1)

Voici l’explication du Petit Robert pour le terme «ANGLIC.» :
«anglicisme : mot anglais, de quelque provenance qu’il soit, employé en français et critiqué comme emprunt abusif ou inutile (les mots anglais employés depuis longtemps et normalement en français ne sont pas précédés de cette marque).»(1)

Petit Larousse (2005)
«v.t.
6. SPORTS. (Emploi critiqué). Soutenir, encourager un concurrent, une équipe.»(2)

Grand dictionnaire terminologique
«Domaine(s) :
- appellation de personne
- sport

français : partisan, n.m.

Définition :
Personne qui manifeste son appui à une équipe sportive, à un concurrent.

Sous-entrée(s) :
forme(s) féminine(s)
partisane n. f.

terme(s) non retenu(s)
supporteur
supportrice
supporter
fan

Note(s) :
Même si les emprunts à l'anglais fan et supporter ainsi que les variantes francisées supporteur et supportrice, qui ont déjà fait l'objet de critiques, sont aujourd'hui couramment employés en français et sont d'ailleurs consignés dans les ouvrages de langue générale, ils n'ont pas été retenus puisqu'ils ne comblent aucune lacune terminologique. Ainsi, le terme partisan est à privilégier.
En France, la graphie francisée de l'emprunt supporter (supporteur) a été officialisée par la Commission générale de terminologie et de néologie, en 2000.
[Office québécois de la langue française, 2003]»(3)


SUPPORTERS du terme d’origine anglaise

Trésor de la langue française
«SUPPORTER2, verbe trans.
B. SPORTS, fam. [Le compl. d'obj. désigne un sportif, une équipe sportive, un club] Encourager, soutenir. Supporter un champion, une équipe de rugby. Beaucoup de Transalpins qui auront franchi la frontière pour supporter leurs compatriotes (coureurs italiens du Tour de France) (La Croix, 9 juill. 1965 ds GILB. 1971).»(4)

«SUPPORTER3, -TRICE, subst.
B. SPORTS. Amateur de sport qui manifeste son soutien à un sportif, une équipe, un club qui a sa préférence. Supporters d'un coureur cycliste, d'un footballeur. Quelques jolies femmes supportrices pour la plupart (Paris-Sport, 27 mai 1934 ds HÖFLER Anglic. 1982). Sans doute ne voulaient-ils pas tuer, ces supporters anglais qui se sont lancés à l'assaut d'une tribune italienne. Ils voulaient en découdre, bien sûr, sortir vainqueurs de cette conquête du terrain, mime grotesque de la conquête à venir du vrai terrain. Ils jouaient leur match (Le Monde aujourd'hui, 2-3 juin 1985, p. II, col. 6).»(4)

Petit Larousse (2005)
«n.m.
ou SUPPOTEUR, TRICE n. SPORTS. Personne qui soutient et encourage exclusivement un concurrent ou une équipe.»(2)


Conclusion
On constate que plus nombreux sont les ouvrages qui taxent d’«anglicisme» le terme supporter, lui préférant plutôt les termes partisan et appuyer, encourager ou soutenir. Par contre, le fait que le mot d’origine anglaise se retrouve dans les dictionnaires est en soi une reconnaissance de son usage au sein de la langue française. Et n’est-ce pas là le premier pas pour se frayer un chemin jusqu’à un usage accepté?

Une fois de plus, comme cela se se produit pour de nombreux anglicismes qui s’immiscent peu à peu dans notre belle langue française, il appartient au locuteur de se demander s’il préfère utiliser le mot français correspondant et existant, en exploitant la richesse de sa langue, ou s’il préfère «enrichir» une langue vivante d’un mot nouveau, emprunté à une langue voisine.

Le débat de principe demeure ouvert. Ce qui est intrigant, à mon sens, est de savoir pourquoi des mots issus d’autres langues en arrivent à remplacer des mots français (dans le cas qui nous occupe) pour décrire une même réalité. Ça demeure ma foi fascinant.


Références :
(1) [Le nouveau Petit Robert, édition 2004. Paris.]
(2) [Le Petit Larousse illustré, édition 2005. Paris.]
(3) http://www.granddictionnaire.com/btml/fra/r_motclef/index800_1.asp, sous l’entrée supporter (appelation de personne)
(4) http://atilf.atilf.fr/tlf.htm

2 commentaires:

  1. Je vous supporte et vous soutiens dans vos propos.

    (est-ce que cela fait de moi un souteneur?...)

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  2. Un endureur, peut-être? Pour avoir la patience de me supporter dans mes propos...?

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